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Solidarité : Au-delà du mois d’octobre

Depuis 2001, le mois d’octobre est consacré Mois de la Solidarité au Mali. Cette institution, créée par l’ancien Président Alpha Oumar Konaré, est, depuis, régulièrement fêtée dans notre pays. La Solidarité, au-delà du mois d’octobre, est cependant une valeur de la société malienne qui se manifeste encore dans tous les actes de la vie quotidienne des Maliens. Certes des comportements individualistes liés à l’évolution des mœurs sont constatés, particulièrement dans les milieux citadins, mais ceux-ci sont loin d’entamer une valeur de société qui est gage de stabilité dans un pays où la majorité de la population vit dans la pauvreté, voire l’extrême pauvreté.

La consécration du mois d’octobre comme Mois de la Solidarité est la matérialisation politique d’une valeur sociétale qui est un des fondements de notre société. Des proverbes ou aphorismes tels « Un seul doigt ne peut se saisir d’un caillou », « L’on vient entre les mains des hommes et l’on s’en retourne entre leurs mains », « Si tu lèves un bras pour affirmer que tu n’as besoin de personne, lève l’autre pour dire que personne n’a besoin de toi », l’attestent depuis des millénaires. C’est pourquoi il ne serait pas exagéré d’affirmer que sans la solidarité, le Mali n’existerait pas.

Le Président IBK lors d’une cérémonie de chèque pour l’épanouissement de la femme et l’enfant

En effet, il était rare – et c’est encore le cas – de voir des clochards dans notre société. Même les malades mentaux étaient retenus dans les maisons pour les extraire de la vue des citoyens qui se verraient comme coupables d’une telle situation. Chez nous, on ne meurt pas de faim parce qu’on n’a pas d’argent. Pénétrer dans une maison pour demander à manger suffit à susciter l’élan de solidarité car, dit-on, « Nul ne sait comment il finira ». En plus, il y a cette croyance ancrée dans les esprits qui dit que les défunts Ancêtres reprennent la forme humaine et se présentent aux vivants pour s’assurer que les valeurs sociétales son toujours maintenues et respectées.

Plus concrètement, la solidarité malienne a permis à beaucoup de jeunes gens de continuer leurs études. En effet, combien sommes-nous de Maliens à avoir été et être pris en charge par un frère, une sœur, un parent éloigné, un ressortissant du même village, un ami promotionnaire d’un frère, dans la ville et particulièrement dans la capitale ? Combien sommes-nous à venir en ville pour affaire, se soigner, participer à un évènement social en profitant de l’accueil d’autrui ? Nombreux. Comme nombreux sont les Maliens et les Maliennes installés en ville à prendre en charge les parents restés au village. Il n’est pas rare de trouver des fonctionnaires avec une famille élargie d’hôtes entièrement pris en charge, dont certains sont avec leurs femmes ou maris et leurs enfants.

Hamadoun Konaté, ministre malien de la Solidarité et de l’Action humanitaire.

Si les Maliens sont massivement installés à l’étranger, c’est pour subvenir aux besoins de la famille restée au pays. Ainsi, les Maliens de l’extérieur injectent, bon an mal an, plus de 400 milliards de FCFA dans l’économie malienne. Grâce à ces infatigables patriotes, des centres de santé, des écoles, l’adduction d’eau, l’électrification sont réalisés dans les coins et recoins du pays, là où l’État ne se manifeste que rarement. La diaspora malienne vit toutes sortes de privations pour que les parents restés au pays puissent vivre dignement. C’est également pour cela que des milliers de jeunes gens bravent le Sahara et la Méditerranée, au péril de leur vie.

Ainsi, au-delà de la célébration officielle du Mois de la Solidarité, c’est un vaste mouvement qu’il convient de mettre en œuvre pour partager avec les nouvelles générations les vertus de la solidarité dont elles ne maîtrisent pas toujours la pertinence faute de sensibilisation et de communication. Car la relative stabilité sociale dans notre pays dépend en grande partie de la solidarité qui est inclusive et se manifeste dans toutes les régions et chez toutes ethnies du Mali. L’État doit s’engager plus en profondeur dans le domaine de la solidarité pour ne pas en laisser l’initiative à certaines ONG, surtout d’obédience islamiste, dont les motivations sont loin d’être philanthropiques. Au moment où certaines sociétés occidentales s’évertuent à retrouver les valeurs de la solidarité, ce n’est pas le lieu de cultiver, chez nous, des tendances individualistes qui pourraient hautement nuire à l’harmonie sociale qui est le socle de toute notre Histoire, de notre Culture, de notre Civilisation. Chez nous, le mariage, la naissance et la mort sont des occasions où se manifeste la solidarité de tous. Charles Aznavour a chanté : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil ». Et le Soleil, c’est la Solidarité. L’on disparaîtra à coup sûr le jour où disparaîtra la Solidarité.

Diala Thiény Konaté

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