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Sobane Da : L’irrépressible engrenage

Koulogon, Ogossagou, Sobane Da. Ces noms de villages inconnus il y a peu sont aujourd’hui devenus tristement célèbres pour la même raison : le massacre par des « hommes armés circulant à motos » de leurs populations civiles désarmées qui ont eu le malheur d’être peules et/ou dogons. Malgré la présence des forces armées maliennes, des forces françaises de Barkhane et celles (non combattantes) de la MINUSMA, le massacre de populations civiles s’amplifie sans qu’on puisse répondre à la question fondamentale que se posent les Maliens : Pourquoi ? Au-delà des communiqués de condamnation et d’indignation des autorités maliennes et de la MINUSMA, c’est la réponse adéquate à donner à ces tueries qui est problématique. L’État du Mali est-il incapable de retrouver ceux qui tuent massivement des populations sans défense à défaut de prévenir leurs attaques ? Jusqu’où faudra-t-il aller dans les tueries pour qu’enfin on réalise la gravité de la situation ?

Les Maliens se sont réveillés ce lundi matin avec une nouvelle qu’ils espéraient ne plus entendre : le massacre de populations civiles dans la Région de Mopti par des hommes qui sévissent impunément comme des ombres fuyantes. En effet, après Koulogon et Ogossagou, on s’était mis à espérer que les autorités maliennes tireraient toutes les conséquences de ces tueries de populations civiles et prendraient des dispositions pour les prévenir. Certes la zone concernée est vaste et il est impossible d’assurer la sécurité de chaque village si le renseignement et la surveillance ne sont pas assurés. Cependant ce qui est inquiétant, c’est la totale impunité dont jouissent les terroristes. Une telle situation laisse libre cours à toutes les supputations et complique davantage une éventuelle solution en ouvrant, malheureusement, la voie à l’engrenage de la vengeance.

C’est en tout cas ce qu’il faut craindre après la déclaration du groupe armé dogon Dan Nan Ambassagou qualifiant le massacre des populations dogons de Sobane Da de « déclaration de guerre ». Ces mots font froid dans le dos quand on sait tous les soupçons qui pèsent sur la milice dogon, notamment dans le massacre non encore élucidé d’Ogossagou. S’agit-il d’une « déclaration de guerre » contre les terroristes ou contre les Peuls ? La question mérite d’être posée si l’on sait que pour certains tous les Peuls de la Région de Mopti seraient de potentiels terroristes y compris les populations civiles, soupçonnées d’être des informateurs.

Devant l’impuissance des autorités maliennes à endiguer le cycle de la violence dans le Centre du pays, des voix se sont élevées pour les accuser de parti pris. Ce qui était à craindre, c’est un possible engrenage qui, malheureusement, vient d’être enclenché, semble-t-il. Sans jouer aux oiseaux de mauvais augure, il faut s’attendre à une contre-attaque voire des représailles  si rien n’est fait pour identifier les auteurs du massacre de Sobane Da et les punir. Or jusque-là les autorités maliennes se sont montrées incapables de donner des réponses satisfaisantes à la crise au Centre. Le départ du ministre de la Défense et le limogeage des chefs militaires après Ogossagou n’ont servi à rien car le problème n’est pas une question de personne, il est structurel.

Comment des hommes armés, circulant à motos, peuvent-ils commettre des massacres de populations à une vingtaine voire une quinzaine de kilomètres de postes militaires et repartir sans qu’aucune poursuite ne soit engagée pour les retrouver ? Cette question est fondamentale car elle détermine les comportements des uns et des autres. Si Dan Nan Ambassagou parle de « déclaration de guerre » c’est parce qu’elle est convaincue que les autorités maliennes sont incapables de trouver une solution à la crise au Centre. De fait, le groupe armé se substitue à l’Armée malienne en voulant jouer le rôle régalien de protection des populations civiles.

Le Président IBK, qui vient d’écourter son séjour en Suisse suite au massacre de Sobane Da, se rendra dans le village martyrisé et s’engagera, comme d’habitude, à rechercher les coupables de la tuerie et à les châtier. Comme d’habitude les populations rescapées l’écouteront poliment mais ne croiront pas un mot de ce qu’il dira. Car devant Ogossagou et Sobane Da les mots n’ont plus de poids pour soulager les cœurs meurtris et faire revenir l’espoir. Comment des autorités, qui ont été incapables d’arrêter une milice qui lutte à visage découvert malgré sa dissolution, peuvent-elles venir à bout de terroristes qui semblent en terrain conquis à cause de l’absence de l’État ? La situation au Centre du pays a besoin d’actions concrètes pour être résolue.

Qui faut-il croire dans cet imbroglio ? Ceux qui mettent en avant un conflit intercommunautaire peul-dogon ? Les partisans de la théorie de la main invisible de Iyad Ag Ghali à travers Amadou Kouffa ? Ceux qui soutiennent la thèse d’un vaste complot visant à déstabiliser le Mali et à provoquer sa scission ? Sans doute une dose de tout cela. Une chose est sûre, le Mali va très mal. Et cette nouvelle crise au Centre sera notre «ergot de coq blanc » si l’on n’y prend pas garde. L’irrépressible engrenage qui vient d’être enclenché laisse planer le spectre de la guerre civile car chaque camp se prépare désormais à l’affrontement direct. Encore une fois IBK est fortement interpellé.

Diala Konaté

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