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Mœurs au Mali : Au-delà des meetings…

La semaine dernière a été marquée par la sortie médiatique du Président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), l’imam Mahamoud Dicko, contre ce qui serait un programme gouvernemental d’introduction de l’enseignement de l’homosexualité à l’école malienne. Le Gouvernement du Mali, face à la fronde des islamistes, a mis en veilleuse ledit programme sans que les Maliens sachent, malgré les mises au point du ministre de l’Éducation nationale, le contenu réel du programme dit d’Éducation sexuelle complète. En l’absence d’éléments concrets, le document en examen à Ségou étant en phase d’analyse, on en est au stade des supputations. Une fois de plus, le Président du HCIM se sera fait remarquer comme un des garants de l’autorité morale dans notre pays. Pourtant, la société malienne est loin de refléter l’image que les chefs religieux veulent lui donner y compris dans leurs propres milieux. Tous ceux qui sont nés dans les années 50 voire 60 savent combien les mœurs  au Mali ont changé négativement au vu et au su de tous y compris des religieux.

Comme à son habitude, le Gouvernement d’IBK aura péché dans la communication. Pourtant, on sait que l’opinion publique malienne, malgré le relâchement des mœurs dans notre pays, reste intraitable sur tout ce qui touche à la sexualité, particulièrement celle des enfants. Et l’homosexualité, qui pénètre timidement chez nous, est traitée de façon violente par des agressions verbales et physiques contre les homosexuels. Il faut le dire, l’homosexualité est perçue ici comme une tare de la civilisation occidentale et combattue comme telle. Voilà pourquoi il aurait fallu, en amont, associer toutes les sensibilités maliennes aux travaux préparatoires à l’élaboration du programme de l’Éducation sexuelle complète. Cela aurait permis d’éviter des termes et expressions qui laissent croire que l’objectif est d’enseigner l’homosexualité à nos enfants.

Quoi qu’on en pense, la réaction du HCIM montre que malgré la situation catastrophique de nos mœurs, il est encore des gens qui se soucient de l’avenir des enfants maliens. A défaut de peser positivement sur l’éducation des enfants dans leurs familles, c’est bien qu’il y ait une autorité morale qui influe sur les décisions gouvernementales en direction de la couche fragile de notre société que sont les enfants. Il est clair que pour mieux encadrer les plus jeunes d’entre nous, il faille enseigner la sexualité et toute la sexualité. Encore faut-il savoir s’y prendre.

Iman Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil Islamique du Mali

C’est une erreur de croire que nos enfants ignorent l’homosexualité. L’internet, les films télévisuels, les téléphones portables sont autant d’outils qui diffusent les savoirs sur la sexualité. C’est pourquoi il serait bien de les encadrer dès le premier cycle de l’enseignement fondamental pour les soustraire des influences négatives. Il convient donc, au lieu de renoncer définitivement au programme de l’Éducation sexuelle complète, de revoir la copie de sorte que soit gommé tout ce qui pourrait prêter à confusion ou pourrait ouvrir la voie aux dérapages qui violeraient les principes moraux qui sous-tendent nos sociétés. Compte tenu du relâchement général actuel dans la sexualité, aucun esprit averti ne saurait s’opposer à l’éducation sexuelle à l’école. Cependant, le Mali, au-delà de l’islam, est encore un pays très conservateur. Il ne faut jamais l’oublier. En l’absence d’une organisation des autorités coutumières, la tâche revient aux organisations religieuses de jouer le rôle de veille.

Un étranger croirait avec la fronde du HCIM que le Mali est un pays où les mœurs sont sauvegardées. Car en vérité, bien que Mahamoud Dicko affirme que 98% des Maliens sont musulmans, le Mali n’a pas cessé de voir les mœurs de ses habitants se dégrader depuis l’indépendance en 1960. En effet, jusque dans les années 80 encore, le vol, la corruption, la prostitution étaient des phénomènes qui indignaient la majorité des Maliens. De nos jours, il est peu de familles maliennes, particulièrement dans les grandes villes, où il n’existe pas de filles mères. De nombreuses familles maliennes sont nourries et entretenues par des filles avec la bénédiction des parents à qui le dénuement et la misère ont enlevé toute dignité. Les plus grands voleurs de la République sont chantés par les griots et les griottes à telle enseigne que la question à se poser aujourd’hui au Mali n’est pas Qui est corrompu mais Qui ne l’est pas. Quant à la prostitution, elle se fait de nuit comme de jour et concerne tant les jeunes filles que les femmes mariées.

Le couple IBK-Boubeye doit agir dans l’intérêt général

C’est pourquoi la réaction de l’imam Dicko est comme un cri de désespoir car très peu des 98% de musulmans maliens ont effectivement la crainte de Dieu. Comment peut-il en être autrement quand l’islam est devenu une religion de parade et non de conviction ? Il suffit d’aller régulièrement le vendredi à la mosquée, d’observer le jeûne du ramadan, de prier 5 fois par jour pour être reconnu comme un grand musulman. Qu’importe si l’on passe sa vie à vivre aux dépens des pauvres et à forniquer, les apparences étant sauvées, on a toute sa place parmi les 98% de musulmans maliens.

Cette grande hypocrisie est acceptée de tous et tous s’en accommodent. Et l’on prie jour et nuit pour que Dieu épargne le Mali des malheurs qui l’accablent… Et Dieu reste désespérément sourd car même les Maouloud sont devenus des séances d’exhibitions politiques. Alahou Akbar !… Comme ils sont loin les jours où le Malien préférait « la mort plutôt que la honte ». En abandonnant les pratiques ancestrales qui empêchaient les écarts, les Maliens se sont sabordés pour l’éternité…

Diala Thiény Konaté

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