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Mali : Soumeylou en mauvaise posture

Quand il est arrivé au pouvoir en décembre 2017, Soumeylou Boubèye Maïga était perçu comme l’homme de la situation. IBK avait étrenné quatre Premiers ministres en quatre ans et la situation socio-sécuritaire n’avait jamais cessé de se dégrader. Le défi majeur était l’élection présidentielle de 2018 lequel a été relevé tant bien que mal et la crise post-électorale maîtrisée. Cependant, les actes de terrorisme au Centre du pays, les massacres de populations civiles et militaires et surtout les grèves interminables notamment des enseignants du groupe du 15 octobre ont porté un coup dur à un Gouvernement qui commençait à montrer des signes de reprise en main de la situation générale du pays. La crise interminable de l’école, la fronde de certains députés de la majorité présidentielle et la cabale de Mahmoud Dicko et de son compère de Nioro ont fini de fragiliser le Premier ministre que les hésitations du Président de la République ne servent plus. Face à Un IBK faible et affaibli par l’âge, SBM semble très proche de la sortie.

La période de grâce de Soumeylou Boubèye Maïga semble bien être derrière lui. En effet, on est loin du plébiscite du Premier ministre particulièrement lors du dernier Congrès de son parti, l’ASMA-CFP, où tout le monde était à ses pieds. Nombreux étaient ceux qui pensaient que le PM était définitivement parti pour être le dauphin du Président de la République pour 2023. Le déferlement des députés de tous bords, y compris ceux du RPM présidentiel, vers l’ASMA-CFP était le signe que les opportunistes avaient flairé le sens du vent, d’autant plus que le Président, fraîchement réélu, donnait l’impression de tout accepter de son sauveur de PM même quand celui-ci débauchait les députés du parti présidentiel au grand dam de Bocary Tréta.

On a vu SBM parcourir le pays, particulièrement le Nord et le Centre, pour apporter aux populations souvent désemparées de ces régions, le message de soutien des autorités et des promesses du retour des services sociaux de base. Ce périple qui sera suivi de certaines victoires de Forces Armées Maliennes et de Sécurité sur les terroristes avait montré de SBM l’image d’un PM volontariste qui avait décidé d’aller déloger les ennemis de la Nation malienne de leurs repères. Tout semblait bien marcher jusqu’à l’attaque du camp de Dioura où une vingtaine de militaires ont péri, la tuerie de Koulogon, le 1er janvier 2019, et surtout le massacre du 23 mars 2019 des populations d’Ogossagou.

Ogossagou serait-il le Bolibana de Soumeylou Boubèye Maïga ? En tout cas l’émotion et l’indignation nationales et celles de la communauté internationale suite au plus grand massacre de populations civiles  de l’histoire récente du Mali et la férocité avec laquelle les assaillants se sont acharnés sur des femmes, parfois enceintes, des enfants en bas âge, des personnes âgées, ont grandement contribué à affaiblir un pouvoir qui ne semble pas en mesure de se sortir des accusations graves de complaisance – certains n’hésitent pas à parler de compromission – dont il est l’objet. L’atmosphère sociale rendue délétère à cause des grèves dans plusieurs secteurs, la crise de l’école malienne, les difficultés quotidiennes des Maliens, tout cela irritait une population qui ne voyait pas les résultats des efforts du Gouvernement. Le mécontentement qui gagna même les rangs de la majorité présidentielle a été récupéré par les initiateurs de la marche du 05 avril 2019.

Aujourd’hui, SBM est plus que jamais sur la sellette. La marche du 05 avril, qu’on assimile faussement à une marche des religieux, a su cristalliser toutes les déceptions du moment. Les parents d’élèves, les cheminots, les enseignants, les associations de la société civile, les jeunes chômeurs, tous les déçus de la vie ont vite fait de grossir la foule de tous ceux qui ont quelque grief contre IBK et SBM. La marche, d’abord interdite par le Gouverneur du District, aurait été autorisée sur intervention du Président de la République. C’est le signe que le pouvoir vacille. Et la détermination des organisateurs à renouveler la marche tous les vendredis jusqu’au départ du PM pourrait faire fléchir un IBK qui n’a jamais su faire preuve de la détermination et de l’autorité qu’on lui connaissait dans les années 1990. Pour sauver son pouvoir, IBK n’hésiterait pas à se séparer de SBM. Déjà, des rumeurs d’un départ imminent du président de l’ASMA-CFP circulent instamment à Bamako.

Une chose est claire : si IBK cède à la pression de la rue, c’en sera fait de son pouvoir. Car rien ne prouve que ceux qui veulent le pousser aujourd’hui à se séparer de SBM ne réclameront pas demain son propre départ de Koulouba. Si la mobilisation du vendredi 05 avril dernier est dans une certaine mesure un baromètre d’un certain mécontentement d’une certaine catégorie de Maliens, elle ne peut être considérée comme celui de tous les Maliens. C’est pourquoi on s’étonne que le Président de la République ne se soit pas, jusque-là, adressé à la Nation. Car les Maliens attendent que le Président leur parle dans un discours à la Nation. Malheureusement la communication n’a jamais été le point fort d’IBK. En laissant l’initiative à ses ennemis, le Président se fragilise aux yeux de ses compatriotes qui pourraient interpréter son silence comme un aveu.

IBK est à la croisée des chemins. Le Président de la République a intérêt à reprendre rapidement la main, avant le vendredi prochain, pour contrer les agitateurs qui se cachent dans la foule des marcheurs et qui travaillent à déstabiliser le Mali. Plus que jamais IBK a besoin de rassembler autour de lui toutes les Maliennes et tous les Maliens qui ont le souci de sortir notre pays de la crise où il est plongé chaque jour. Car le Mali actuel a moins besoin de prières que d’actions vigoureuses. Feu Djéli Baba Cissoko l’a dit mille fois : « Depuis que Dieu a créé le monde, il l’a rejeté derrière lui et ne s’est jamais retourné ». IBK est le Président élu, c’est à lui de s’assumer en prenant des décisions qui vont dans le sens du raffermissement de son pouvoir. Le peuple a besoin d’un Président fort même si celui-ci n’a pas toujours raison. Les forces obscurantistes sont à l’affût. Si d’aventure elles venaient à gagner, le Mali ne s’en relèverait jamais.

Diala Konaté

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