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Mali-Société : la contestation grandit

Le front social, qui avait été particulièrement actif il y a quelques mois, s’était calmé après la démission du Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga et la signature par les Syndicats enseignants signataires du 15 octobre 2015 d’un accord avec le gouvernement de Boubou Cissé. Cependant, les populations, sans doute dépitées par une certaine inertie des autorités politiques, semblent redonner de la voix. Il y a deux semaines, c’étaient les habitants de Badalabougou qui manifestaient violemment contre l’installation, chez eux, du Quartier général du G5 Sahel. Maintenant c’est au tour des habitants de Sénou de manifester contre ce même QG soupçonné de vouloir s’installer dans cette banlieue de Bamako. Dans un autre registre, les ressortissants de la Région de Mopti viennent de se rencontrer pour lancer un forum en faveur de la paix dans le Centre du Mali. La contestation contre le gouvernement grandit et ne faiblit pas.

Depuis Mars 1991, les Maliens ont appris à occuper la rue pour manifester leur mécontentement ou leur opposition face au pouvoir politique. Ces mouvements ont parfois été particulièrement violents comme en juillet 2016, lorsque les soldats de la MINUSMA ont tiré sur la foule de manifestants de jeunes de Gao faisant trois morts. Plus loin, à l’ouest du pays, ce sont les habitants de Kéniéba qui ont, en 2018, violemment manifesté contre ce qu’ils avaient considéré à l’époque comme une prise en otage, par certains de leurs élus locaux et notables, de l’expression libre des citoyens. On se souvient qu’une délégation était venue à Bamako, exprimer, au nom de la cité minière, son soutien au candidat IBK à l’élection présidentielle de 2018.

La capitale malienne, Bamako, n’est pas demeurée en reste de la contestation populaire. En effet, c’est une foule immense de plusieurs milliers de personnes qui ont, pendant des semaines, paralysé par moments le centre de Bamako en marchant contre le projet de révision de la Constitution du 25 Février 1992 dont un Comité d’Experts avait remis au Président de la République une mouture rejetée par l’Opposition politique et la Société civile. L’ampleur de la contestation et dans la capitale et dans les régions et à l’extérieur, avait contraint IBK à revenir sur le projet de révision de la Constitution pour l’intérêt supérieur de la Nation.

Voilà que des forces d’opposition se manifestent à nouveau contre le nouveau projet de révision de la Constitution, la gestion qui est faite de la crise sécuritaire, particulièrement au Centre, et la conduite du Dialogue national que le Président de la République tente, tant bien que mal, de mettre en place. Les échos qui parviennent de la sphère politique et de la société civile laissent présager des moments de troubles dont le Mali n’a absolument pas besoin en ce moment.

Il ne fait aucun doute qu’il y a une crise de confiance très profonde entre les Maliens et les pouvoirs politiques toutes tendances confondues. Cette situation a donné naissance à la création de regroupements sur la base ethnique ou patronymique : Guinna Dogon, Tabital Pulaaku, Tiramakansiw, Sunjatasiw, les Diawara, les Doubouyahoron, etc. Ces replis identitaires sont la manifestation de l’affaiblissement du sentiment national, comme si les populations ne retrouvaient plus dans les politiques sociales et culturelles le ciment qui façonne la cohésion sociale.

Le lundi, 24 juin 2019, des ressortissants de la Région de Mopti, sous la houlette de Me Kassoum Tapo, ancien ministre de la Justice du Mali, ont lancé l’idée d’un Forum à Mopti sur le thème « Paix, Sécurité et Développement ». Dans la situation actuelle de crise que traverse le Mali, toutes les initiatives tendant à résorber cette crise est la bienvenue à condition toutefois qu’elle intègre toutes les forces vives de la Nation. Or Me Tapo est convaincu, et il l’a dit, que seuls les ressortissants de Mopti sont capables de sortir la région de la situation de crise que traverse le Centre. Certes des personnalités comme le Cardinal Jean Zerbo et Ousmane Madani Haïdara avaient été associées à la conférence de presse de lancement mais le pouvoir a été superbement ignoré. En demandant au Président ATT de parrainer le forum de Mopti, Me Tapo et ses amis « régionalise » la crise du Centre en oubliant sans doute que l’apport du gouvernement et de la communauté internationale, apport qu’il minimise, est capital dans le retour de la paix surtout quand il faudra combattre les terroristes. Si le Forum de Mopti pourrait tracer les chemins de la paix sociale, il est évident qu’il aura peu d’impact sur l’action terroriste qui, elle, répond à d’autres intentions infiniment plus complexes et difficiles à extirper par la seule vertu du dialogue.

Comme on le voit les perspectives pour la Mali de se sortir du bourbier où il est maintenu depuis des années ne sont guère réjouissantes et n’incitent pas à l’optimisme. Aussi longtemps que les politiques seront enfermés dans leur logique de conquête ou reconquête du pouvoir en dehors de toute consultation des populations, aussi longtemps qu’il ne sera pas possible d’arriver à un consensus dans la gestion de la crise, aussi longtemps que les intérêts personnels prendront le pas sur l’intérêt de la Nation, des tentatives de replis identitaires pourraient se multiplier au grand dam des véritables patriotes.

Car depuis l’élection d’IBK en 2013 et sa réélection en 2018, le Mali n’a jamais réussi à établir un dialogue franc et ouvert entre les Enfants du pays. Depuis 6 ans, la lutte pour le pouvoir envenime les relations et empêche la mise en route d’un véritable programme de réconciliation nationale seul capable de nous mener vers les chemins de la paix et de la cohésion sociale. Plus on tardera à rassembler les Maliens plus il sera difficile de résoudre les problèmes qui se posent à nous. En affirmant que « la côte d’alerte est atteinte », le Président IBK a pris la mesure de la crise. Il s’agit maintenant d’y trouver les solutions qui ne peuvent être que consensuelles.

Diala Thiény Konaté

 

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