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Mali, SBM-Tréta : Guerre des chefs ou guerre de succession ?

Depuis sa prise du pouvoir en septembre 2013 et sa reconduction en septembre 2018, Ibrahim Boubacar Kéita s’est toujours démarqué de son parti, le Rassemblement pour le Mali (RPM), notamment dans la nomination du Premier ministre. En effet, sur les cinq Chefs de gouvernement nommés par le Président de la République, seul le quatrième, Abdoulaye Idrissa Maïga, était un cadre du parti présidentiel, dont le mandat n’aura duré d’ailleurs que 08 petits mois, d’avril à décembre 2017. Alors que certaines sources avançaient le nom de Bocari Tréta, chef du parti présidentiel, comme son successeur, c’est finalement Soumeylou Boubèye Maïga qui aura les faveurs d’IBK. Mépris ou volonté d’indépendance, Tréta et le RPM n’auraient même pas été consultés pour cette nomination. C’est peu de dire que c’est le froid entre les deux hommes, atmosphère qui vient de nettement se dégrader lors de la dernière prise de parole du Président du RPM à Koulikoro où il s’est ouvertement attaqué à SBM. C’est à se demander si la guerre des chefs ne s’est pas déjà muée en guerre de succession avant l’heure.

Soumeylou Boubèye Maïga et tous les Premiers ministres non membres du RPM nommés par IBK ont tous été considérés par le parti présidentiel comme des intrus. Si Bocari Tréta et les cadres ont toujours fait contre mauvaise fortune bon cœur, sans doute pour ne pas irriter l’homme de Koulouba ou l’affaiblir devant l’Opposition qui faisait feu de tous bords, tel ne semble plu être le cas aujourd’hui devant la ruée des membres du RPM vers l’Alliance pour la solidarité au Mali-Convergence des forces patriotiques (ASMA-CFP), parti du Premier ministre SBM. En ce début du dernier mandat d’IBK, des membres du RPM, y compris des députés, virent à l’ASMA-CF avec armes et bagages comme s’ils avaient le (près) sentiment que 2023 sera l’heure de SMB.

Face à une véritable saignée du RPM, il revient au Président du parti, Bocari Tréta, de sonner le tocsin du rassemblement devant ce qui ressemble à un crime de lèse-majesté. En effet, si Tréta et le RPM veulent garder quelque chance de se maintenir au pouvoir en 2023, c’est maintenant qu’il faut agir contre le renforcement de l’ASMA-CFP qui se fait aux dépens du RPMlequel ne semble plus être la préoccupation majeure d’IBK. Car l’embellie dont bénéficie actuellement Soumeylou Boubèye Maïga sur le plan sécuritaire avec des succès obtenus sur les fronts du Centre et au plan politique avec le renforcement de son parti l’ASMA-CFP ont de quoi inquiéter le RPM. D’autant plus que tout cela ne semble pas déplaire à IBK, du moins officiellement, la reconduction de SMB au poste de Premier ministre confirmant son soutien entier et sa confiance en le Président de l’ASMA-CFP.

Jusque-là, Tréta s’était gardé d’attaquer frontalement Soumeylou Boubèye Maïga. Mais la donne a changé car le débauchage des cadres et des députés du RPM met en cause la survie même du RPM en tant que première force politique du Mali. Ce que l’on appelle ici transhumance politique s’est d’abord opérée en faveur du RPM quand IBK s’est trouvé en pole position dans la course pour Koulouba en 2013. Cette fois, c’est le tour de l’ASMA-CFP de SBM. Ainsi, tous ceux du RPM qui ne sont pas assurés d’être reconduits à la députation de juin 2019 viennent grossir les rangs de l’ASMA-CFP espérant profiter de l’audience de plus en plus grande du Premier ministre dans l’opinion publique malienne.

Le coup de sang de Bocari Tréta à Koulikoro se comprend aisément car l’ASMA-CFP qui n’avait que 04 députés au début de la présente législature, en compte maintenant une bonne vingtaine majoritairement dissidents du RPM. Du coup le parti présidentiel ne dispose à l’heure actuelle que de 55 élus à l’Hémicycle. Quoi qu’il arrive, cette situation n’est pas de nature à inquiéter IBK qui est sûr d’avoir la majorité automatique car on voit mal SBM travailler contre son mentor. Ce n’est pas le même cas pour Tréta à qui on prête l’ambition de briguer le perchoir à la prochaine Assemblée nationale. Moins il aura de potentiels députés à la prochaine législature moindres seront ses chances de succéder à Issaka Sidibé. À défaut d’être Premier ministre, Tréta joue à fond la carte de l’Assemblée nationale qui n’est cependant pas donnée car il n’avait pas pu obtenir de place sur les listes du RPM qu’il avait sollicitées et dans son fief de Ténenkou et à Bamako où il était en compétition avec le bouillant Moussa Timbiné, Vice-Président de l’Assemblée nationale.

On dit souvent qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Cela est encore plus vrai en politique et surtout au Mali. Si tout porte à croire que Soumeylou Boubèye Maïga est pour l’instant l’homme de confiance d’IBK, il est trop tôt pour faire de lui le potentiel successeur de l’actuel locataire de Koulouba. L’expérience nous a montré que le Président de la République est un grand consommateur de Premiers ministres. Il faudra que SBM tienne encore 05 ans, ce qui n’est pas donné compte tenu de la situation très difficile que traverse le Mali où tout peut changer à tout moment. La chance pour SBM est cependant la totale confiance que lui voue le Président qui a dû se séparer de 04 Premiers ministres. Tout porte à croire qu’il a trouvé en SBM l’homme de la situation. De là à en faire son futur dauphin il y a un pas que beaucoup d’hommes politiques tant du RPM que d’autres partis politiques ont allègrement franchi en le rejoignant. Les prochaines élections législatives seront essentielles pour l’avenir politique et de Tréta et surtout de SBM. La guerre de succession ne fait que commencer.

Diala Thiény Konaté

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