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Mali : Quand le Maouloud se politise…

Le Mali est l’un des rares pays de la sous-région à fêter officiellement le Maouloud. De Tombouctou à Kayes, en passant par Djenné et Bamako, la ferveur des musulmans maliens est sans limite à l’occasion de la commémoration de la Naissance et du Baptême du prophète Muhammad. Nuits de prières et de recueillement à l’origine, le Maouloud est en passe de devenir une tribune où s’affrontent chefs religieux et politiciens en mal de popularité, au grand dam des populations qui observent avec incrédulité ces déviances qui n’honorent point l’Islam.

Les millions de Maliens musulmans ne savent plus où donner de la tête face à ce qui apparaît, d’année en année, de Maouloud en Maouloud, comme une véritable politisation de la commémoration de la Naissance et du Baptême du prophète Muhammad. En effet, la célébration du Maouloud est devenue un espace de prédilection pour les politiciens de tous bords qui prennent d’assaut les différents Stades et espaces publics de Bamako où se déroulent ce qui aurait dû être des rassemblements de prières, de recueillement et de communion.

L’une des déceptions du pouvoir démocratique malien réside dans ses accointances avec le pouvoir religieux. A tort ou à raison, des responsables politiques en mal de popularité, font tout pour s’afficher avec les chefs religieux les plus en vue au Mali, notamment Ousmane Madani Haïdara d’Ançardine et le chérif Bouyé de Nioro. Ainsi, de piteuses images de politiciens accroupis devant ceux qu’ils considèrent comme de véritables faiseurs de rois ont circulé dans la presse et sur les réseaux sociaux, particulièrement au cours de la campagne présidentielle.

Mahmoud Dicko, chef du haut conseil islamique du Mali

Certes le soutien de Ousmane Madani Haïdara ou de Bouyé de Nioro peut valoir quelques centaines de milliers de voix. Cependant, c’est une grossière erreur de débutant de penser que l’ensemble des Maliens sont prêts à suivre docilement une consigne de vote d’un de ces responsables religieux. Le candidat Aliou Diallo et Soumaïla Cissé en savent quelque chose eux qui ont cru que le soutien des chefs religieux leur ouvrirait les portes de Koulouba. Dures auront été la déception et la chute.

Tant que les relations entre politiciens et religieux se limitaient aux prières et bénédictions des seconds en faveurs des premiers, cela rentrait dans les traditionnelles charges religieuses. Mais dès l’instant où les responsables religieux ont décidé, sans doute à raison, d’avoir un droit de regard sur la gestion politique de la cité, la donne a complètement changé. Rien de surprenant alors que la cérémonie de Maouloud, à laquelle participent la plupart des hommes politiques, soit devenue une tribune politique d’autant plus que certains responsables religieux semblent tirer une grande fierté de leur association à des négociations sur des problèmes politiques et sociaux entre la majorité présidentielle et l’opposition, d’une part, et les conflits entre syndicats et pouvoir politique d’autre part.

IBK à une fête du Maouloud

Ainsi, le Maouloud dont la célébration avait un caractère hautement religieux, se trouve totalement dévoyé du fait de la vantardise des uns et des autres. Le sommet de la dérision a été atteint quand un ancien candidat à l’élection présidentielle du 29 juillet 2018 a cru opportun de régler ses comptes avec deux religieux prestigieux au motif que ces derniers n’ont pas soutenu sa candidature, lui qui est directement issu du milieu religieux et aurait donc dû être le candidat de tous les musulmans du Mali !

Pour tous ceux qui ont à cœur de raffermir leur foi avec la célébration du Maouloud, il ne reste plus que Tombouctou et Djenné, deux des rares villes saintes où la foi religieuse n’est pas encore souillée par les préoccupations politiciennes des ulémas. Car l’islam bamakois est désormais un islam dévoyé où la recherche de la célébrité prend de plus en plus le pas sur la foi véritable. Lorsqu’on a la confiance, une confiance très souvent aveugle, de millions de personnes, on n’a pas le droit de se servir de la religion à des fins personnelles qui frisent le culte de la personnalité. On devrait méditer cette Parole de Sagesse de Celui qui a précédé Muhammad dans la Prophétie et qui a dit à ceux qui étaient plus portés par les choses de la vie : « Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Diala Thiény Konaté

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