L'actualités de chez nous

Mali : l’État s’essouffle-t-il ?

Le second mandat d’Ibrahim Boubacar Kéïta s’ouvre sur de très mauvais auspices. Après la contestation des résultats de l’élection présidentielle, c’est la grève illimitée des magistrats qui paralyse l’institution judiciaire au Mali. Comme si cela ne suffisait pas, voilà que la rentrée scolaire 2018-2019 démarre de la plus mauvaise façon, les établissements d’enseignement privés ayant décidé de boycotter la reprise des cours. Une autre grève, celle des DRH et autres DFM ministérielles, est annoncée pour les 15 et 16 octobre. Par ailleurs, à la date du 02 octobre 2018, des milliers de salariés de la Fonction publique attendent toujours leurs salaires du mois de septembre, le Trésor public connaissant une tension de trésorerie des plus alarmantes. On le voit, l’Etat du Mali va mal. Et le spectre de son insolvabilité plane plus que jamais.

Depuis plus d’un mois, les syndicats de la magistrature, SAM et SYLIMA, sont à couteaux tirés avec le Gouvernement. Les hommes en noir restent inflexibles malgré les tentatives de médiation des autorités coutumières et de l’Assemblée nationale : ils ne reprendront le travail qu’avec la satisfaction totale de leurs revendications. C’est un véritables bras de fer qui s’est engagé entre les deux protagonistes car pour répondre à la grève illimitée, le Gouvernement a décidé la retenue des salaires du mois de septembre 2018 des grévistes. On se demande comment le déblocage pourrait intervenir si chaque camp maintient sa position. À moins d’une reculade du Gouvernement au sujet de la retenue des salaires dont les grévistes demandent la levée. Cette demande pourrait être le début d’un fléchissement des syndicats de magistrats qui ne voudraient pas reprendre le travail en situation de faiblesse face à leurs militants.

 

Le très stratège Boubeye Maïga doit trouver des solutions au plus vite

Un autre dossier, et pas des moindres, vient s’ajouter à celui des magistrats. C’est le boycott de la rentrée scolaire 2018-2019 par les établissements d’enseignement privés pour non payement des subventions étatiques. Le payement à terme échu des subventions dues aux écoles privées qui reçoivent les élèves de l’État est comme une arlésienne. En effet, depuis au moins vingt ans, les établissements privés qui reçoivent les élèves étatiques passent d’une année scolaire à l’autre sans entrer dans les fonds des subventions de l’État. Résultat : les établissements sont obligés de s’endetter auprès des banques pour assurer leur fonctionnement. Et comme l’État est toujours en retard de payement, les pénalités bancaires tombent et grignotent sur des ressources qui ne viennent jamais à temps. Ainsi, de nombreux établissements privés n’arrivent pas à payer pour plusieurs mois les enseignants qu’ils embauchent, n’arrivent plus à, payer la location des bâtiments abritant les écoles ni à acheter des fournitures scolaires pour les élèves étatiques.

les finances maliennes ne portent pas très bien (ici le ministère des finances)

Tous ces dossiers, et bien d’autres encore, sont consécutifs à une tension de trésorerie qui persiste et s’amplifie depuis des mois. En effet, le Trésor public n’arrive plus acquitter des milliers de mandats de payement qui s’y accumulent chaque jour. Et pour la première fois depuis des années, les salaires de milliers de fonctionnaires sont impayés à la date du 02 octobre 2018. Si l’on sait que les derniers salaires, ceux du mois d’août, avaient été exceptionnellement payés les 18 et 19 août 2018, à l’occasion de la fête du Ramadan, cela fait donc plus de quarante jours que les fonctionnaires de l’État n’ont pas vu la couleur de l’argent de leurs salaires. La modicité des salaires ajoutée à la hausse du coût de la vie montrent combien les salariés de la Fonction publique souffrent en ce moment. Et le spectre des retards de salaires des années 1980 refait surface quand il fallait attendre entre deux à cinq mois parfois avant de percevoir le salaire d’un mois. La situation actuelle est d’autant plus inquiétante que selon des sources, l’État se serait fait payer les impôts par anticipation du premier semestre… 2019 !

Les grèves annoncées des DRH et DFM des services ministériels et des enseignants, le blocage éventuel des élections législatives à cause de la grève des magistrats sont autant de dossiers brûlants qui s’accumulent sur la table du Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga. Crise politique, crise économique, crise sociale, tout cela montret que le Mali va très mal en ce moment. Et comme toujours, la communication gouvernementale est muette, faisant croire que les autorités méprisent les citoyens. La communication et le dialogue sont des vertus capables de résoudre la plupart des difficultés entre les citoyens maliens. Or depuis 2013, depuis son accession au pouvoir, IBK et ses différents Gouvernements restent muets sur des questions d’intérêt national. C’est avec le couteau sous la gorge que le pouvoir a toujours daigné se pencher sur les problèmes. De ce fait, des engagements sont pris dans l’urgence y compris ceux qui n’ont aucune chance d’être honorés car au-dessus des moyens de l’État. Si le retard dans le payement des salaires devait devenir fréquent, IBK devra s’attendre à un second mandat très agité. Alla kan’akè…

Diala Thiény Konaté

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.