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Mali : l’École en danger…

L’année scolaire 2018-2019 avait commencé par une grève initiée par les promoteurs d’établissements secondaires privés pour non-paiement des subventions dues par l’État. Après une première cessation de travail, les Syndicats d’enseignants dits signataires du 15 octobre 2016 sont actuellement en grève de 5 jours entamée ce lundi, 21 janvier 2018. Et rien n’indique qu’ils reprendront le cours normal de leur travail. Pendant le même temps, une grande partie des étudiants de plusieurs facultés attendent les résultats des examens de l’année universitaire 2017-2018, tandis que les nouveaux bacheliers se morfondent à attendre le début des cours pour le compte de la nouvelle année universitaire. Depuis plusieurs années, l’école malienne s’enfonce dans une crise qui la paralyse d’année en année et la met en danger.

S’il est une chose sur quoi les Maliens sont d’accord au sujet de l’école malienne, c’est que celle-ci se dégrade un peu plus chaque année pour des raisons diverses mais connues de tous. L’école malienne qui faisait la fierté du pays jusque dans les années 80 est devenue depuis Mars 1991 une véritable fabrique de cancres donc de potentiels chômeurs dont aucune entreprise digne de ce nom ne veut. Les étudiants sortis de nos écoles et facultés sont détestés des Maliens eux-mêmes qui préfèrent de loin donner du travail aux ressortissants de la sous-région ouest-africaine.

C’est que l’Université nage dans une magouille et une corruption qui soulèvent le cœur des rares professeurs encore attachés aux idéaux qui ont fait jadis la fierté des enseignants. Aujourd’hui, beaucoup de professeurs dans nos facultés en sont réduits à vendre des notes à leurs étudiants concourant ainsi à la baisse drastique du niveau de l’enseignement et partant de celui des étudiants. À cela s’ajoutent les années universitaires interminables qui voient des étudiants passer très souvent deux années à valider leurs Unités de Valeurs (UV). Actuellement, des milliers d’étudiants (18 000) de la Faculté des Sciences économiques et de Gestion ne disposent pas de classes pour suivre leurs cours. Tout cela et bien d’autres tares contribuent à mettre en danger l’avenir des jeunes et à tuer l’école malienne.

La situation n’est guère meilleure aux cycles fondamental et secondaire. En effet, les effectifs hyper pléthoriques (plus de 100 élèves par classe), le faible niveau de compétence des enseignants eux-mêmes, l’anarchie observée dans certaines écoles privées et l’incapacité de l’État à gérer le flux des nouveaux inscrits rendent presque impossible une organisation capable de produire de meilleurs résultats. Il est des établissements où les professeurs sont dans l’incapacité d’organiser des évaluations périodiques et se contentent de considérer les notes des compositions comme notes de classe. Rendus paresseux, démotivés, la pluparts des élèves n’ouvrent leurs cahiers que pour copier des leçons qui s’entassent les unes sur les autres jusqu’aux examens.

Quand on ajoute à ce tableau (quasi sombre mais non exhaustif) les grèves à répétition du personnel enseignant on en arrive à un constat qui fait mal au cœur. Car il n’est pas rare de rencontrer des élèves de la 6ème année fondamentale qui sont incapables de lire leur livre ou les leçons du maître et qui passent en classe supérieure. Avec la fraude aux examens, des milliers d’élèves se retrouvent dans le secondaire avec un niveau catastrophique. Et personne ne semble s’inquiéter outre mesure de cette situation où l’école malienne fabrique des médiocres qui sont censés prendre la relève quand leurs parents seront à la retraite.

Non seulement la médiocrité touche les élèves et leurs maîtres mais celle-ci est en plus aggravée par la corruption ambiante et la baisse de l’autorité scolaire qui ont fini par instaurer une atmosphère délétère qui ne favorise pas l’apprentissage harmonieux chez les élèves. Dans cet imbroglio qui entraîne l’école malienne droit vers sa perte, certaines personnes accusent les autorités administratives et politiques dont beaucoup de cadres envoient leurs enfants dans des écoles de grande renommée à Bamako et à l’extérieur du pays, laissant la masse des démunis dans cette immense fange qu’est devenue l’école.

Certes les enseignants ont le droit de revendiquer au sein de leurs syndicats des conditions de vie et de travail meilleures et décentes. Et l’État a le devoir de satisfaire aux revendications dans la limite de ses moyens. Mais la grève, qui doit être l’ultime recours, est cependant plus destructrice pour l’école que n’importe quel autre secteur car les élèves sont soumis à l’année scolaire qui est de 9 mois. Chaque jour de cours perdu est en réalité irrécupérable car il rompt la dynamique d’apprentissage et la concentration nécessaire à la performance.

L’enseignant est un militaire en faction. Son rôle est la formation des générations futures pour que celles-ci soient en mesure de continuer l’œuvre de construction nationale. Voilà pourquoi il faut toujours demander plus aux enseignants. Plus de mesure, plus d’abnégation, plus d’engagement et de sacrifice. Mais dans un Mali où l’argent est devenu la mesure de toute chose, l’enseignant n’a pas échappé à ce climat malsain, lui dont le travail est de former les consciences en faveur du service pour la Nation. Dans notre pays, les enseignants avaient la réputation d’être pauvres – et ils l’étaient – mais ils bénéficiaient d’un capital de sympathie telle qu’ils étaient la mesure de toute chose. C’est pourquoi les puristes en sont à maudire le jour où l’argent s’est introduit à l’école. Pour les plus pessimistes d’entre nous, l’école malienne est au fond de l’abîme et n’en sortira pas de sitôt.

Diala Thiény Konaté

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