L'actualités de chez nous

Mali : Le meurtre se banalise

Il n’y a pas longtemps, le meurtre était considéré au Mali comme un grand désordre social qui mettait en émoi toute une communauté. C’est à partir de mars 1991, à la faveur de la lutte pour la démocratie, que les Maliens ont découvert la violence meurtrière de leurs compatriotes à travers des lynchages publics de prétendus voleurs et autres malfrats mais aussi de porteurs d’uniforme et des hommes politiques. Aujourd’hui, l’assassinat est devenu un fait banal et presque quotidien au Mali. Le déferlement de cette folie meurtrière est sans doute la réponse à l’absence de justice sociale, de justice tout court, à l’échec de la gouvernance démocratique mais aussi à une forte dégradation de nos mœurs.

Quand on parlait d’assassinat au Mali ces dernières années, ce sont les tueries des terroristes dont il était généralement question. En effet, depuis 2011 et l’invasion du territoire national par une horde de sanguinaires pseudo-djihadistes doublés de narcotrafiquants et de bandits de grand chemin pour qui tuer un homme est un plaisir, le meurtre est devenu un fait courant chez nous, particulièrement au Centre et au Nord. Cependant, un phénomène nouveau est apparu ou s’est amplifié depuis peu : le meurtre banalisé en territoire sous contrôle de l’État. Il ne se passe pas une semaine sans que les journaux et les réseaux sociaux n’évoquent des cas de meurtre avec des motivations les plus diverses.

Ce qui est fréquent de nos jours, ce sont les meurtres commis par des voleurs et autres brigands, des voleurs de motos qui n’hésitent plus à ôter la vie de tout motocycliste attaqué et qui résisterait, mais aussi de ceux qui organisent des attaques à main armée contre les boutiques, les stations de service, les pharmacies et autres supérettes. Ces brigands, armés, n’hésitent point à ôter la vie pour de l’argent. Cette situation, qui s’amplifie de jour en jour, a suscité la réaction  négative de certaines populations qui n’hésitent plus à se rendre justice en lynchant tout voleur ou malfrat surpris en flagrant délit de vol ou soupçonné de délit.

C’est cette réaction populaire associée au crime crapuleux qui suscite indignation et crainte. En effet, la série de meurtres d’épouses par leurs maris, le crime contre la petite albinos Ramata Diarra de Fana et plus récemment les assassinats de l’Imam Abdoul Aziz Yattara, de Kalilou Coulibaly par son ami et Assan Diallo violée et tuée par son propre oncle, dans la Commune rurale de Niamina dans la Région de Ségou,le meurtre d’un apprenti-chauffeur de Sotrama par un passager et le lynchage de ce dernier par une meute d’autres apprentis à Bamako, sont des crimes qui viennent rappeler que notre pays est engagé sur la mauvaise voie. Une telle folie meurtrière donne lieu à des réactions parfois extrémistes mais compréhensibles dans le contexte de psychose où est plongée la population.

Sans prétendre à l’exhaustivité qu’on ne peut atteindre dans le cadre de cet article, on peut affirmer que la perte de repères sociaux, la baisse de la solidarité envers les marginaux, le règne de l’argent roi, le peu de foi des croyants et la faiblesse de la gouvernance sont, entre autres, des raisons qui pourraient expliquer le durcissement des cœurs qui favorisent les meurtres crapuleux. La famille, l’école, le pouvoir politique qui sont les premiers remparts contre les attitudes déviantes ne jouent plus tout à fait leurs rôles. En effet, ballotés par la recherche de la pitance quotidienne, la plupart des parents ont longtemps failli à leur rôle d’éducateurs. L’école qui aurait dû être le relai de la famille est devenue le lieu de toutes les perditions. La faiblesse de l’autorité de l’État et la déliquescence de la Justice ont convaincu une frange de la population à se rendre justice ou à évoluer en marge des règles qui régissent la société.

En réalité, c’est la société malienne elle-même qui est à la croisée des chemins. Il suffit, à Bamako, d’emprunter la circulation routière pour se rendre compte de l’incivisme et de l’agressivité desusagers à moto, en voiture ou à pied. Dans les transports en commun, les passagers ne sont pas toujours à l’abri de l’irrespect des apprentis, y compris les personnes âgées. Même les policiers chargés de régler la circulation et de verbaliser les contrevenants au code de la route sont l’objet du plus grand mépris. Puisque la loi n’est plus la loi ou qu’elle est celle des puissants, alors chacun, dans son coin, se charge de se rendre justice, sans crainte. Il semble que l’impunité en toute chose soit devenue la mesure si l’on en juge par les insultes inacceptables qu’ont essuyées publiquement et impunément de hautes personnalités du pays.

La situation sociale au Mali est telle qu’un Burkinabé installé chez nous depuis une vingtaine d’années s’est étonné de la transformation négative du Malien en si peu de temps. Le pays va très mal. Les meurtres qui secouent la société ne sont que la partie visible de la décomposition de notre société. Face à la baisse inquiétante de l’autorité de l’État et la corruption de la Justice, les replis identitaires prennent le pas sur le sentiment national, les règles qui régissent la bonne marche de la société sont quotidiennement violées. Il s’agit d’autant de défis lancés à l’État de droit qui, s’ils ne sont pas arrêtés à temps, pourraient conduire notre pays sur des chemins qui mènent au chaos. La société malienne est si profondément atteinte par le délitement qu’il lui faut un traitement de choc pour la remettre à l’endroit. Les paroles ici sont superflues. Il faut agir vite.

Diala Thiény Konaté

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.