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Mali : Le Chérif de Nioro serait-il devenu un agitateur ?

Pendant les mois qui ont précédé le scrutin présidentiel, Nioro semblait être la capitale du Mali tant la valse des potentiels candidats dans cette cité du Sahel était incessante. Tous nourrissaient le désir secret de se voir adouber par un homme, un chérif, dont la réputation ne dépasse pas les sables environnants. Ce beau monde s’était mis en tête que le chef religieux du Sahel était un faiseur de rois. Du Président de la République à Soumaïla Cissé en passant par Aliou Diallo (son protégé et talibé, dit-on) tous par leurs sollicitations ont fait d’un obscur patriarche, qui a prospéré, dit-on, dans le trafic de marchandises, presqu’un prophète. Avec la réélection d’IBK, la réputation de l’homme en a pris un coup. Du coup, parce que hostile à IBK, il s’est rangé du côté des agitateurs de Soumaïla Cissé, abandonnant ainsi la mesure qui aurait fait de lui une personne ressource au Mali.

Tous les Maliens se souviennent de cette image terrible, à l’ORTM, du Président de la République, IBK, les yeux rivés au sol, comme un enfant surpris en flagrant délit de larcin, devant le regard hautain du chérif des sables qui venait de retirer sa confiance au Mandémassa en vue de l’élection présidentielle. On eût dit que le Chef de l’État avait été frappé par un malheur indicible qui annihilait sa capacité de réaction et le condamnait à une défaite certaine. Ce jour-là, tous les démocrates véritables, tous les potentiels électeurs du locataire de Koulouba se sont sentis rapetissés et trahis car leurs votes ne dépendent pas de l’humeur changeante d’un homme, fût-il chérif. Puis on a vu Aliou Diallo, accroupi en véritable talibé, recevant les bénédictions de son mentor de religieux, bénédictions qui ne lui valurent qu’une troisième place au scrutin du 29 juillet 2018 et une disqualification pour le second tour qui mène à Koulouba. C’est là que tous ceux qui croyaient encore au miracle du marabout de Nioro se sont ravisés. Car la parole du chérif n’atteint pas le citoyen de Niéna ou celui de Djidjan qui se croient plus redevables à leurs chefs de villages respectifs qu’à un chef religieux dont la voix ne porte pas plus loin que Diéma.
Sans doute honteux de voir son protégé échouer aux portes de Koulouba, le chef religieux entre dans l’agitation en envoyant un de ses fils aux marches de protestations de Soumaïla Cissé et de ses inconditionnels, Soumaïla Cissé à qui Aliou Diallo avait pourtant refusé les voix de ses électeurs au second tour. C’est là que le chérif de Nioro perd de sa crédibilité. On aurait loué sa sagesse s’il s’était retiré après l’élimination d’Aliou Diallo. Mais en choisissant d’entrer dans la contestation politique, il révèle du coup son hostilité voire sa haine à IBK. Il abandonne ainsi la réserve qui aurait dû être la sienne en tant que responsable religieux et perd du coup toute crédibilité. S’il est un chef religieux dont l’électorat peut faire basculer un scrutin, c’est bien Ousmane Madani Haïdaraqui revendique plus de deux millions de sympathisants. Il aurait suffi d’un mot du patriarche de Banconi pour que ces millions d’adeptes et de sympathisants se ruent dans les urnes pour voter en faveur du candidat choisi par lui. Or il n’en fut rien. Pourtant, Ousmane Madani Haïdara avait des raisons de pencher du côté d’IBK qui a offert 150 ha de terrain à Ançar Dine et construit la route menant à Tamani, village natal du chef religieux. On a même vu le Président de la République s’afficher au Stade du 26 Mars pour célébrer, avec les adeptes du chef de leur association, la fête du Maouloud à laquelle Ançar Dine tient et en a fait son cheval de bataille contre les réformateurs.
Certes les chefs religieux – et aussi coutumiers – doivent être consultés sur la gestion de la Cité Mali du fait de leurs capacités à aplanir les difficultés et les maux qui minent le pays, donc en tant que personnes ressources inestimables vivant au contact des populations et sentant et ressentant leurs préoccupations et leurs difficultés. Certes il faut leur redonner toute la place et tout le respect dus à leurs rangs dans la société mais pas seulement en période électorale. Cependant, en aucun cas le pouvoir ne doit s’abaisser jusqu’à l’humiliation car c’est lui la mesure de la République. Il y a de la honte à se prosterner devant un citoyen fût-il chérif. C’est désespérant pour tous ceux qui croient encore à la démocratie et à la laïcité de la République qu’on ne cesse de galvauder depuis mars 1991. C’est pourquoi il est important de déterminer les rapports entre le pouvoir et les hommes influents de la société civile, ceux qui ne monnayent pas leurs situations de privilégiés pour des intérêts personnels. Mais de vrais patriotes qui savent dire la Vérité en toutes circonstances et œuvrer pour l’entente, la solidarité, la paix, la cohésion sociale pour le bonheur des populations. Il est immoral de jouer avec les notabilités pour des fins politiciennes. Le peuple voit, le peuple sait, le peuple comprend. Il n’a pas besoin de subterfuges pour savoir qui est réellement qui. Les siècles de notre histoire commune ont laissé des trésors inestimables que conservent encore (mais pour combien de temps ?) les différents chefs communautaires et qui peuvent aider à résoudre les nombreux problèmes qui se posent au Mali moderne et à améliorer considérablement les conditions de vie des Maliens. Pour peu qu’on les approche, qu’on prenne tout le temps pour les écouter et ne pas les regarder d’en haut. Notre avenir dépend fortement de notre histoire qui s’est cristallisée dans nos sociétés. Comment peut-on prétendre diriger un peuple, aller au-devant de ses aspirations légitimes si on le connaît pas ? Le Mali n’est rien et ne sera rien sans les populations qui le portent à bout de bras, tous les jours. Les politiques devraient y penser s’ils aiment vraiment Maliba et son Peuple.
Diala Thiény Konaté

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