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Mali : la hardiesse des islamistes

Comme annoncé depuis plusieurs jours, le meeting de certaines organisations islamistes, dont le Haut conseil islamique du Mali de Mahmoud Dicko, s’est tenu ce dimanche, 10 février 2019, au Stade du 26 Mars. Initialement prévu pour être une journée de prières pour la paix et la cohésion sociale au Mali, le meeting s’est transformé en une diatribe contre le Président IBK et le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga. Désormais, les islamistes maliens se transforment en partis politiques de l’opposition exigeant la démission du Gouvernement et du Premier ministre. Jamais dans l’histoire moderne du Mali les islamistes maliens ne se sont montrés aussi hardis dans leurs prises de positions sur les questions d’ordre politique. La faute incombe entièrement à IBK qui, par une politique de compromis, a donné aux islamistes toute la force qu’ils ont actuellement et qui leur permettent de narguer le pouvoir.

Chaque semaine qui passe devient une épreuve supplémentaire pour le pouvoir d’IBK. Il y a peu, la rue était fréquemment occupée par Soumaïla Cissé et ses partisans, mettant en danger la paix sociale. A cela s’ajoutent des grèves interminables de toutes les catégories socio-professionnelles. Au moment où sont écrites ces lignes, les DAF, les DRH et les CPS de la Primature et des Cabinets ministériels entament une grève de 10 jours qui va paralyser le sommet de l’Etat. C’est dans cet imbroglio sans nom que les islamistes du Mali, réunis pour ce qui devrait être une journée de prière pour la Paix et la Réconciliation, se sont mués en force politique contre le Gouvernement et la personne de Soumeylou Boubèye Maïga.

Il n’y a pas plus grands propos subversifs que lorsque Mahmoud Dicko déclare : « Je le jure au nom de Dieu, si IBK ne suit pas les directives du Chérif de Nioro en limogeant Soumeylou, il doit s’attendre au pire ». Dans n’importe quel pouvoir souverain et responsable, l’auteur de tels propos seraient entendu par le Procureur de la République. Mais nous sommes au Mali et sous le Pouvoir vacillant d’IBK. C’est à se demander où est passé l’homme que tous les Maliens admiraient pour son courage politique à travers des actions qui témoignaient de l’autorité dans la gestion du pays. Mais ça c’était vers la fin des années 1990. Aujourd’hui IBK est un homme qui ne semble pas savoir où il veut aller.

Si on veut être sévère avec le Président, on dirait que « c’est bien fait pour lui ». En effet, c’est IBK, lui-même, qui a donné à Mahmoud Dicko le pouvoir qu’il semble détenir actuellement, en le défiant devant les caméras de l’ORTM à l’entame de son premier mandat. « Si je me fourvoie et que vous ne me dites pas la vérité, alors Dieu vous voit », avait déclaré le Président dans la Grande mosquée de Bamako. Si l’on sait que ce sont les Députés à l’Assemblée nationale qui contrôlent la politique du Président exécutée par le Gouvernement, on comprend toute la portée de ces propos malheureux du Chef de l’État. Car Mahmoud Dicko, en tant qu’homme de Dieu, ne fait que prendre IBK au mot. Et l’on comprend qu’il ose dire du Président ce que Soumaïla Cissé ne dirait jamais, c’est-à-dire des propos insultants qui témoignent du peu d’égard qu’il a pour la Première Institution du pays.

    Iman Mahmoud Dicko, Président du Haut Conseil islamique

Les islamistes maliens sont devenus arrogants depuis le jour où les politiques leur ont donné la preuve qu’ils ne peuvent être rien sans eux. À voir le ballet des plus grands hommes politiques du Mali à Nioro, y compris IBK, pour obtenir du Chérif local on ne sait quelles bénédictions, on mesure combien la classe politique malienne est tombée bas. Ainsi, en une décennie, les politiques maliens ont conféré aux islamistes plus de pouvoir qu’ils n’avaient, simplement en imaginant qu’ils ont le monopole des votes des Maliens. Quoi de plus normal alors qu’un Chérif local qui n’a aucun pouvoir en dehors de Nioro puisse « exiger » le limogeage du Premier ministre de la République.

Mais, comme on le dit souvent, « à quelque chose malheur est bon ». Mahmoud Dicko et ses amis islamistes viennent de mettre le couteau sous la gorge d’IBK. Il va falloir que le Président de la République réagisse de façon énergique contre cet « ultimatum » inacceptable en pays de droit. Mahmoud Dicko n’est plus un simple chef religieux, c’est désormais un responsable politique qui voudrait prendre le pays en otage. Les menaces qu’il a proférées au Stade du 26 Mars ce dimanche, 10 février 2019, doivent être dénoncées par tous les responsables politiques. Car cela dépasse la seule personne du Président de la République. C’est l’État démocratique du Mali qui est menacé par des gens sous obédience islamiste. C’est pourquoi tous les hommes politiques qui espèrent tirer quelque avantage de cette fronde se trompent de partenaires. Mahmoud Dicko est l’ennemi de la Démocratie et l’a montré à plusieurs occasions. Son projet c’est l’instauration d’un État islamique au Mali. Voilà pourquoi il est l’Ennemi public N°1.

Les 50 millions de FCFA, les pleurs d’IBK sur les épaules de Mahmoud Dicko ont été perçus comme des marques de faiblesse et non de grandeur humaine. Si IBK veut sauver son pouvoir et le Mali avec, il serait bien inspiré de laisser SBM continuer le travail pénible mais courageux qu’il a entrepris depuis le 31 décembre 2017. Tout ne se déroule pas à satisfaction mais c’est une chose normale dans un pays en crise totale. IBK et SBM devraient écouter tous ceux qui ont des griefs contre la Gouvernance actuelle, fédérer toutes les énergies, particulièrement des partis politiques de tous bords, de manière à créer une entente nationale autour des grandes questions pour remettre sur les rails la gouvernance démocratique. Car c’est la faillite de cette gouvernance qui a donné du pouvoir aux islamistes maliens. Aussi longtemps que les Maliens n’auront pas confiance dans la politique, les rangs des islamistes intégristes s’élargiront des déçus et autres mécontents et potentiellement subversifs.

Diala Thiény Konaté

 

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