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Mali : Koulogon martyrisé

Au lendemain des vœux à la Nation du Président de la République, au lendemain du réveillon fêté par le Président de la Commission Défense à l’Assemblée nationale du Maliavec une partie des éléments de l’Armée malienne stationnés à Sévaré, des individus armés non encore identifiés attaquaient le village paisible de Koulogon peul en semant la terreur et la désolation. Après le passage d’un groupe d’hommes armés très tôt, à l’aube de ce 1er janvier 2019, 37 victimes, toutes civiles, sont dénombrées dont des femmes, des hommes et des enfants. Alors que l’on croyait à un désamorçage de la tension dans le Centre du pays, cette tuerie vient malheureusement nous rappeler le long chemin à parcourir pour arriver à la paix sociale en cinquième région. Il faut, au-delà des discours, agir le plus rapidement pour faire baisser la tension car de plus en plus de voix, et des plus autorisées, s’élèvent devant la multiplication des crimes et crient à un « génocide » contre les Peuls.

Le mot « génocide » fait peur car il rappelle les heures sombres de l’histoire de l’Humanité. Pour ne citer que le cas de l’Afrique, l’exemple rwandais perpétré en 1994 est encore dans tous les esprits. Le même peuple, parlant la même langue et partageant la même culture et qu’on a pris coutume d’appeler Tutsi et Hutu, a été engagé dans la plus grande tuerie que l’Afrique ait connue depuis l’avènement des indépendances sur le continent. Les traumatismes nés de cette page sombre de l’histoire du Rwanda ne sont pas encore guéris tant l’ampleur fut énorme.

Or des personnes de grande notoriété au Mali n’hésitent plus à qualifier de « génocide » les tueries ciblées dont les Peuls sont les victimes depuis plusieurs mois maintenant. Certes il convient d’être prudent dans l’utilisation du mot « génocide ». Cependant, il ne faut pas attendre la mort de milliers de personnes pour anticiper sur la crainte de ceux qui, de bonne foi, ont franchi le pas et dénoncent un complot contre l’ethnie peule dans le Centre du Mali.Beaucoup de Maliens se sont indignés de la prise de parole, il y a quelques mois, de l’ancien Président de l’Assemblée nationale du Mali, le Pr Aly Nouhoun Diallo. Celui-ci avait été jugé compte tenu des hautes fonctions qu’il a assumées et qui semblaient jurer avec ses prises de positions très marquées vis-à-vis d’une communauté à laquelle il appartient au détriment de la cohésion nationale.

Avec le recul, on comprend ce qui a pu motiver les prises de positions tranchées du Pr Aly Nouhoum Diallo. En effet, il fut un temps – et il n’est pas sûr que cela ait fondamentalement changé-où l’opinion nationale malienne identifiait les populations peules du Centre comme des djihadistes ou, à tout le moins, des sympathisants djihadistes, en se fondant sur les activités du prédicateur peul Amadou Kouffa qui avait pris les armes contre les forces de défense et de sécurité maliennes et qui recrutait essentiellement au sein de son ethnie avec la volonté affichée de reconstituer le royaume théocratique du Macina de Sékou Ahmadou sur la base de la charia.

Dès le départ, des opinions parmi les plus radicales avaient dénoncé le double jeu des autorités maliennes dans la gestion de la crise sécuritaire au Centre. Les forces maliennes de sécurité ont même été accusées par des organisations de défense des droits de l’Homme de disparitions forcées et d’exécutions extra judiciaires visant essentiellement des sujets peuls. La naissance du groupe d’autodéfense dozo Danan Amassagou et des attaques contre les Peuls qui lui sont attribuées avec, disent certaines personnes, la bénédiction des forces de sécurité malienne n’a fait que rendre plus confuse une situation inextricable dès le départ.

Une chose est claire, c’est que les autorités maliennes ont très mal communiqué sur la crise au Centre du pays, laissant ainsi toutes les opinions et les supputations proliférer. L’absence de l’Etat dans une grande partie du Centre a permis la prolifération de groupes armés hors de contrôle qui ont semé la panique au sein de la population qui n’avait aucun moyen de résistance si tant est qu’elle le voulait. Ainsi on a tôt fait d’assimiler cette absence de résilience à un soutien voire une collusion contre les autorités maliennes.

La tuerie de Koulogon est sans doute celle de trop. Les autorités politiques maliennes semblent en avoir pris la mesure avec le déplacement personnel du Président de la République sur les lieux. Si IBK a promis une rapide reconstruction des maisons dévastées, si les autorités administratives régionales ont déjà apporté des appuis en vivres et numéraires aux populations de Koulogon, il va falloir aller au-delà. En effet, il est plus que jamais temps que le Gouvernement du Mali prenne à bras-le-corps la crise au Centre qui est grosse de tous les dangers d’une crise communautaire.

La visite immédiate d’IBK à Koulogon doit être suivie d’actes concrets tant sur le plan politique, sécuritaire que social. Il faut tout faire pour que les haines ne se cristallisent pas dans les cœurs et les esprits et rendent ainsi toute réconciliation difficile voire impossible le moment venu. Cela ne peut se réaliser que si les capacités de nuisances des forces terroristes qui essaiment dans la région sont anéanties. Les groupes armés doivent également être sous contrôle mais cela ne peut se réaliser que si les autorités maliennes donnaient la preuve qu’elles contrôlent la situation au plan sécuritaire pour que personne ne se sente obligé d’assurer sa propre protection.

Parallèlement à la sécurisation des populations, les autorités maliennes doivent davantage organiser de véritables concertations-dialogues entre les communautés en s’appuyant sur les mécanismes traditionnels de règlements des conflits par la responsabilisation des autorités traditionnelles et coutumières. Les délégations venues de Bamako et d’ailleurs ne doivent être que des appuis à la réconciliation qui, elle, doit être d’essence locale. La paix interviendra plus sûrement et s’installera durablement si les populations décident elles-mêmes de se parler et de se pardonner mutuellement car elles seules savent véritablement les racines du mal qui les accable. Plus vite les autorités maliennes feront la preuve de leur neutralité et de leur engagement pour la restauration de la paix et de la sécurité, plus tôt elles feront taire les discours séparatistes qui n’alimentent que la haine et la séparation nuisibles à l’union et la cohésion sociale dont le Mali a tant besoin.

Diala Thiény Konaté

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