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Mali : Et si l’on se parlait enfin…

Pendant cinq ans, tout le temps qu’a duré son premier mandat, la communication gouvernementale de l’équipe d’Ibrahim Boubacar Kéita a été une catastrophe. Le Président de la République a plus parlé à l’ORTM qu’il ne s’est véritablement adressé à son peuple, à ses concitoyens. Voilà qu’à l’entame de son second mandat de cinq ans, le Malinké de Sébénicoro découvre les vertus du dialogue, pourtant mises en œuvre depuis 1236, et lance, à travers son Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, un projet de Conférence sociale pour que l’État et les citoyens se parlent. Dans le contexte malien de crise, qui prend de l’ampleur à l’occasion du controversé projet de découpage administratif, la Conférence sociale doit être préparée avec la plus grande rigueur et inclure toutes les sensibilités du pays.

Ces dernières années, les grèves ont considérablement mis à l’épreuve les différents Gouvernements qui ont servi IBK. Rarement les négociations avec les syndicats ont pu empêcher ceux-ci de déclencher la cessation du travail. On se souvient encore des douloureuses grèves illimitées déclenchées par les syndicats de la Santé et de la Magistrature en 2017 et celle des syndicats de l’enseignement qui ont perturbé le bon déroulement des cours dans une école déjà très mal en point. Tous ces syndicats ont dénoncé l’absence de dialogue véritable entre l’État et ses employés, à tel point que certains syndicats ont cru voir du mépris ou de l’arrogance dans la gestion des dossiers par les autorités.

Il aura fallu la grève interminable des magistrats de cette année pour que le Gouvernement de SBM redécouvre les vertus du dialogue qui ont pourtant évité à notre peuple bien des conflits et cela depuis la fameuse entente de Kurukanfuga en 1236. En effet, le Gouvernement du Mali vient d’instruire à tous les ministères concernés d’ouvrir des consultations avec des syndicats pour prévenir d’éventuels conflits qui pourraient potentiellement déboucher sur des mouvements de grève. Cela s’appelle l’anticipation, qui est essentielle pour sauvegarder la paix sociale. On l’a si bien dit au Mali qu’il faut toujours le rappeler :il n’est aucun différend, aucun conflit qu’on ne puisse gérer au Mali par le dialogue. La crise du Nord est en partie due à la faiblesse voire parfois l’absence de dialogue. Le résultat est aujourd’hui catastrophique.

C’est pourquoi il faut cette fois aller plus loin en dépassant le cadre de la simple formalité. En effet, d’importantes échéances attendent le Mali ; il s’agit du projet de découpage administratif qui suscite déjà bien des passions, et plus tard le projet de révision de la Constitution de février 1992 dont la première tentative a failli imploser le pays par l’ampleur de la mobilisation  et de la contestation populaires. La fronde contre le projet de découpage administratif doit inciter le Gouvernement à plus de prudence en développant une capacité d’écoute plus grande que d’habitude. Nous nous devons de faire l’économie d’une crise même si le projet de découpage au Nord semble largement tributaire de l’Accord d’Alger.

La résolution de la crise malienne se fera par le biais de grands compromis indispensables lorsque les parties ont dû recourir à la guerre avec son lot de violations des droits humains et humanitaires. C’est pourquoi la demande par certains de retirer « purement et simplement » le projet de découpage n’est pas constructive. Il faut toujours partir de quelque chose et en l’occurrence c’est au Gouvernement de faire des propositions dans ce sens. Il appartient aux partis politiques, aux collectivités et à la société civile de faire des contrepropositions uniquement dans le but d’améliorer ledit projet pour qu’il soit acceptable par la majorité des populations concernées. En effet, le découpage est une exigence de l’Accord d’Alger pour une plus grande implication des communautés dans la gestion de leurs cités. Il faut simplement veiller à ce que cela se passe en conformité avec les textes.

Une chose est sûre : les treize mille hommes de la Minusma, la Force Barkhane et les Forces du G5 Sahel ne nous seront d’aucun secours si nous, Maliens, nous refusions de nous parler pour jeter les bases d’une véritable réconciliation nationale. « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire », a déclaré le philosophe. Les Malinkés de Kita disent « Bèyé do fo » – que chacun s’exprime. Teldoit être notre crédo. C’est une obligation morale pour tout Malien de participer à la grande « discussion » qui est annoncée, sans arrière-pensées, rien que pour le Mali et les Maliens. Cette obligation transcende la personne du Président IBK et son Gouvernement. Vouloir torpiller la Conférence sociale pour « faire mal » à IBK est l’acte le plus antipatriotique que l’on puisse poser dans ces moments critiques pour la survie de notre pays. Allons donc à la Conférence sociale comme on irait au tam-tam, avec joie et bonne humeur. Et comme on le dit chez nous : « On ne quitte pas le tam-tam pour aller tambouriner sur son ventre ».

Diala Thiény Konaté

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