L'actualités de chez nous

Le Mali comme il va…

Deux évènements inattendus ont marqué la vie politique du Mali en ce mardi, 11 septembre 2018. Il s’agit de la célébration du jour de l’an musulman et la déclaration de Mohamed Youssouf Bathily, Ras Bath, du Collectif pour la Défense de la République (CDR) de mettre fin à l’accord conclu avec Soumaïla Cissé lors de l’élection du Président de la République des mois de juillet et août 2018. Les deux évènements, quoiqu’apparemment indépendants, marquent, chacun, un tournant dans la vie politique du Mali. Le premier est un virage dangereux du politique vers la mouvance islamiste. Le second est de nature à calmer les ardeurs de Soumaïla Cissé dans sa conquête du pouvoir, malgré l’arrêt de la Cour constitutionnelle et l’investiture du nouveau Président par la Cour suprême du Mali.

Légende: Ras Bath du Collectif pour la Défense de la République (CDR)

Nombreux sont les Maliens à s’étonner ce lundi soir, lorsqu’un communiqué émanant du Gouvernement et lu à l’ORTM, annonçait que la journée du mardi, 11 septembre 2018, était « chômée et payée » sur toute l’étendue du territoire national. Il s’agissait du début du nouvel an musulman, 1440, qui n’est pas une fête officielle au Mali. Cette énième fête musulmane, improvisée, vient s’ajouter aux quatre autres, officielles celles-là, que sont le Ramadan, la Tabaski, le Maouloud (naissance et baptême de Muhammad). On se souvient que depuis des années, certains responsables religieux maliens s’agitaient pour que le nouvel an musulman soit consacré par les pouvoirs politiques. C’est chose faite.
Il aurait pourtant fallu d’abord consacrer le nouvel an musulman par une loi qui rendrait officielle sa célébration, car IBK est maintenant condamné à célébrer cette date tous les ans et tout au long de son second mandat. La raison invoquée par les islamistes maliens est la fête du 1er janvier qui serait une fête chrétienne. Certes la Saint Sylvestre est, à l’origine, une fête religieuse. Cependant, elle n’est plus sentie comme telle actuellement. En effet, dans la majorité des pays du monde, le 1er janvier est le début de l’année nouvelle qui est devenue universelle et se fête de la Nouvelle Zélande à Hawaï, en passant par la Chine (qui a son nouvel an), Dubaï et tous les pays africains.
L’année grégorienne est devenue la référence pour le monde entier et très peu de Maliens savent que nous sommes, depuis mardi, en 1440 de l’Hégire car le calendrier musulman n’a aucun impact sur la vie de nos concitoyens excepté les jours des fêtes. En fait, la nouvelle année musulmane ne commencera que le jeudi, 20 juillet 2018, soit dix jours après le début du nouvel an. Il ne fait aucun doute que ce jour sera également « chômé et payé » au Mali si la logique est suivie. Il est dommage que le Mali, qui doit le plus travailler car accusant un énorme retard dans tous les domaines de développement, en soit à multiplier les jours fériés juste pour faire plaisir à des groupes de pression musulmans. Chaque jour non travaillé engendre des pertes qui se chiffrent en milliards de FCFA. Sans compter l’intrusion de plus en plus grande et dangereuse du religieux dans le politique, ce qui est un argument de plus pour les obscurantistes qui veulent faire du Mali un État islamique.
A la faveur d’une Conférence de presse organisée à la Maison de la Presse, ce mardi 11 septembre 2018, Mohamed Youssouf Bathily, Ras Bath, et le Collectif pour la Défense de la République, ont annoncé que l’accord politique conclu entre le CDR et le candidat de l’Union pour la République et la démocratie (URD), Soumaïla Cissé, est arrivé à son terme. Même si le CDR, à travers Ras Bath, se joint aux actions juridiques initiées par les Candidats réunis autour de Soumaïla Cissé et le parti SADI contre les membres de la Cour constitutionnelle pour forfaiture devant la Cour suprême et la Cour de justice de la CEDEAO, c’est un tournant décisif dans la collaboration entre les activistes et le Président de l’URD. En effet, tous les Maliens se souviennent des propos incendiaires de Ras Bath affirmant vouloir détruire le Mali au besoin et le reconstruire ensuite. Il faut donc croire que le CDR renonce de fait à l’utilisation de la violence et prône l’action judiciaire.
C’est un coup dur pour Soumaïla Cissé car le CDR se dit engagé pour le respect de l’état de droit et la démocratie malienne. Cela suppose que le groupe activiste ne sera plus engagé dans des actions qui jureraient avec le respect de la légalité. Si le désengagement du CDR est valable pour les marches prônées par l’Honorable Cissé, ce serait assurément le début de la fin pour ce dernier. Quoi qu’il en soit, la décision du CDR de ne plus s’inscrire dans l’action politique réduit considérablement la capacité de mobilisation des contestataires de l’élection du nouveau Président de la République. C’est pourquoi la marche annoncée du samedi 15 septembre 2018 sera particulièrement scrutée par les observateurs car elle sera le baromètre soit de la dynamique en cours ou de l’essoufflement des troupes.

Diala Thiény Konaté

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.