L'actualités de chez nous

Grèves à répétition au Mali : Et si la coupable s’appelait Racky Talla ?

Au Mali, les grèves ont rarement été aussi fréquentes que sous le pouvoir d’Ibrahim Boubacar Kéïta. En l’occurrence, c’est la deuxième fois en cinq ans que la Centrale syndicale, l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM), déclenche une grève générale. Si la première grève de 72 heures déclenchée les 29, 30 et 31 octobre 2014, et fortement suivie, avait été considérée par certains comme contre productive en raison de la crise multidimensionnelle que connaissait le Mali, tel n’est pas le cas de celle déclenchée de ce matin.

En effet, la grève actuelle entre dans la longue liste des arrêts de travail observés par plusieurs syndicats maliens avec comme point commun la mauvaise gestion de la grogne des travailleurs. Tous, sans exception, dénoncent ce qu’ils considèrent comme un « mépris » de la part du Gouvernement dans la gestion des dossiers des syndicats de travailleurs du Mali. On est donc en droit de se demander si l’actuelle ministre en charge du Travail, Racky Talla, n’est pas l’une des causes de la mauvaise gestion des mouvements de grèves.

La grève est l’ultime recours d’un syndicat. Elle intervient quand l’employeur et les employés sont dans l’impossibilité d’accorder les points de vue et que les négociations sont dans l’impasse. Excepté la grève illimitée des magistrats dont beaucoup de Maliens se sont accordés à dire qu’elle était fondée sur des revendications extrémistes et difficiles à satisfaire, la plupart des grèves déclenchées ces derniers temps au Mali entrent dans les normes. La plupart du temps, les syndicats grévistes reprochent au Gouvernement de n’ouvrir des négociations qu’en cas de menaces de grèves. Pire, ils se sont convaincus, à tort ou à raison, que le Gouvernement ne daigne se pencher sur les doléances que lorsqu’on va en grève surtout illimitée.

Ainsi, la grève qui aurait dû être exceptionnelle est devenue une banalité au Mali. Ces cinq dernières années, il s’est rarement passé un mois sans que des syndicats menacent d’aller en grève ou y aillent effectivement. Cette banalisation se traduit dans le fait qu’aujourd’hui, l’UNTM va en grève de 72 heures au moment même où les syndicats enseignants rassemblés dans la coalition du 15 octobre observent une grève de 05 jours déclenchés ce lundi 07 janvier 2019. Visiblement il y a problème quelque part. Car si les syndicats ont le devoir de lutter pour l’amélioration des conditions de vie et travail de leurs adhérents, il appartient au Gouvernement de veiller à l’instauration d’un climat d’entente entre l’employeur qu’est l’Etat et ses employés.

le premier ministre Soumeylou Boubeye-MAIGA doit convaincre les partenaires sociaux

Pour mieux cerner la question, il suffit de dire qu’avant le déclenchement d’une grève, il y a deux  étapes à suivre. En premier lieu, le syndicat envoie au ministre du Travail une Lettre d’information qui rappelle les points de revendications non satisfaits et l’intention d’aller en grève. Le Premier ministre doit être informé de cette lettre par les soins du ministre du Travail. Si les autorités ne réagissent pas, suivra le dépôt du préavis de grève 15 jours avant la date prévue pour un éventuel arrêt de travail. Si au cours de ces 15 jours Gouvernement et syndicat n’arrivent pas à s’entendre pour des raisons d’importance capitale alors la voie est ouverte à la cessation de travail.

Ainsi, le ministre du Travail, s’il a le souci de l’apaisement du climat du travail et du climat social a tout le temps d’engager des rencontres préliminaires pour mesurer la pertinence des revendications et évaluer les possibilités d’arriver à un accord pour empêcher la grève. Or il semble que ce sont ces mesures qui ne sont pas prises ou ne le sont pas à temps. Dans le cas qui nous concerne aujourd’hui, c’est seulement à moins de 48 heures de la date prévue pour la grève que le Gouvernement a ouvert les négociations. Point n’est besoin d’être un spécialiste de la question pour comprendre qu’il est pratiquement impossible d’analyser en moins de 48 heures des points de revendication qui contiennent 12 points eux-mêmes subdivisés en sous-points et d’arriver à un accord.

Visiblement quelqu’un n’a pas correctement fait son travail ou n’a pas conscience de l’importance de son travail dans le maintien d’un climat social déjà fragile. Quand on sait que la grève de l’UNTM est généralement largement suivie, on ne peut que se rendre à l’évidence des pertes financières et économiques énormes qu’elle coûtera au Mali. Il suffit de faire un tour dans les services pour se rendre compte que des travailleurs qui ne sont pas affiliés à l’UNTM ont malgré tout cessé le travail. C’est un ras-le-bol.

Diarra Racky Talla, la ministre qui ne rassure pas les syndicats dans sa démarche

La grève actuelle de l’UNTM a été très mal gérée  par la ministre Racky Talla. C’est elle qui doit jouer le rôle de fusible pour le Gouvernement car tout n’est pas une question d’argent. Au Mali, les gens attachent une grande importance aux égards qui leurs sont faits et se révoltent généralement dès l’instant où ils croient qu’on les méprise. Or plusieurs responsables syndicaux font état du mépris du Gouvernement dans le traitement de leurs revendications. En effet, il semble que les autorités n’accordent pas d’importance aux engagements pris lors des négociations avec les syndicats. C’est du moins ce qui apparaît dans l’absence de suivi des points d’accord et leur concrétisation. Si bien que les syndicats sont obligés d’aller en grève pour que des points d’accords connaissent un début d’exécution.

Certaines sources font croire que Racky Talla n’était pas dans l’agenda de Soumeylou Boubèye Maïga lors de la constitution du dernier Gouvernement. Elle aurait été imposée par le Président de la République en tant qu’unique représentante de l’UM-RDA. Visiblement pourtant, la ministre du Travail ne semble pas être à la hauteur de la mission qui devra être la sienne. Tôt ou tard, il va falloir prendre la décision qui s’impose pour que le Mali sorte de cette spirale de grèves à répétition qui ajoute inutilement à un climat de crise permanente sur les plans politique, sécuritaire, social, un climat qui fait beaucoup de mal au pays.

Diala Thiény Konaté

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.