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Grève illimitée des magistrats : On a manqué de sagesse

La grève illimitée des magistrats vient de prendre fin dans l’indifférence générale. À force de dépit, les Maliens ont joué la carte du mépris. Car chez nous, au Mali, on ne refuse rien aux notabilités et aux personnes âgées même quand on a raison. Or les responsables du Syndicat autonome de la magistrature (SAM) et du Syndicat libre de la magistrature (SYLIMA) ont foulé aux pieds cette règle qui est le socle de notre culture. Ils l’ont fait pour de l’argent, chose méprisable pour toute personne imbue de dignité. C’est donc la tête basse que les grévistes viennent de reprendre le travail qu’ils ont déserté pendant plus de 100 jours, sans service minimum, car ils n’ont rien eu de ce qu’ils voulaient principalement : l’argent.

Pas un sou. Voilà le message de fermeté que le Gouvernement, pour une fois, a envoyé aux magistrats grévistes. En tout cas pas sans les autres travailleurs des autres secteurs de la Fonction publique malienne. Le danger de voir le monde du travail basculer dans l’anarchie était trop grand et IBK l’a flairé. Pour une fois, même si des voix autorisées ne se sont pas élevées pour dénoncer ce qui s’apparentait à un chantage, les Maliens dans leur majorité avaient un sentiment de dégoût pour des syndicalistes qui ne juraient que par l’argent.

Tous ceux qui ont encore du respect pour notre culture, nos valeurs, nos traditions ont été choqués par le refus systématique des responsables syndicaux du SAM et du SYLIMA d’entendre la voix des sages : les chefs coutumiers, les représentants des Familles fondatrices de Bamako, les chefs religieux et d’autres notabilités de la capitale. C’est le signe de l’ignorance totale des règles fondamentales qui régissent nos sociétés. Ces choses-là ne s’apprennent pas dans les universités (quoique…) mais dans les familles, dans la vie de tous les jours qui est la vraie université, celle où l’on nous enseigne qui nous sommes réellement et non pas ce que d’autres veulent qu’on soit.

Ce qui est dommage, c’est que le SAM et le SYLIMA soient entre les mains de jeunes sans expérience syndicale véritable, des jeunes fougueux qui ne croient qu’à la vertu de l’affrontement. Qu’on nous comprenne. Il ne s’agit pas ici de dénier au SAM et au SYLIMA le droit à la grève. Celle-ci est reconnue par l’Acte fondamental qu’est la Constitution du Mali. Mais la grève telle que nous l’ont servie SAM et SYLIMA est une grève sauvage qu’aucun syndicat expérimenté ne pratique de nos jours dans le monde.

Ce qui est aussi dommage, c’est que 100 jours de cessation totale de travail n’auront rien apporté aux grévistes excepté la protection sécuritaire que le Gouvernement s’était d’ailleurs engagé, depuis l’année dernière, à satisfaire et qui, en vérité, n’était qu’une manœuvre pour tenter de cacher la revendication financière, véritable motivation des grévistes. Et sur ce point, le SAM et le SYLIMA n’ont rien eu. D’où l’immense gâchis d’une grève qui aura simplement réussià «embêter » les Maliens en les privant de justice pendant plus de trois mois.

Cependant, si la grève illimitée des magistrats a servi à quelque chose, c’est d’avoir mis en lumière les incohérences du Gouvernement dans le traitement de ce dossier. Car il aurait fallu, dès le départ, dire le langage de la vérité. Quand on a la charge de l’État, on ne peut se permettre de faire des promesses intenables. Car même si en 2016 les termes des discussions entre le  Gouvernement et les syndicats des magistrats n’étaient pas des engagements fermes, il ne fallait pas faire naître l’espoir chez les seconds qui avaient légitimement cru que les résultats de négociations engagées avec des ministres de l’État avaient valeur de consentement.

Il faut être honnête : les différents Gouvernements d’IBK se sont manifestés par leur gestion hésitante des négociations et tensions avec les travailleurs, à telle enseigne que beaucoup de syndicats se sont convaincus que seule la grève, y compris l’illimitée, était à même de réveiller le « vieux Malinké » de Sébénicoro. Certains de ces syndicats ont même cru voir de l’arrogance et du mépris dans le traitement de leurs doléances.

En tout cas, il n’est rien que le dialogue ne puisse régler si les différentes parties en conflit sont visitées par le souci d’arriver à une entente qui préserve les intérêts des uns et des autres. L’anticipation et l’écoute permanente sont des vertus qui sont essentielles dans la gestion des différends. Car en définitive, l’Employeur et l’Employé ont, tous les deux, grand intérêt qu’il n’y ait pas de rupture dans le partenariat qui les lie et qui fait qu’ils sont des alliés condamnés à s’entendre. Le Gouvernement et les syndicats ne sont pas des ennemis. Les uns veulent des conditions de travail optimales pour leurs adhérents, l’autre a le souci de ne pas mettre en danger l’équilibre sans lequel rien ne marche. Pourvu que cette longue grève serve de leçon à tous. Car on a manqué de sagesse d’un côté comme de l’autre.

Diala Thiény Konaté

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