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Grève des enseignants au Mali : L’enlisement menace l’année scolaire 2018-2019

Depuis le mois de janvier 2019, les enseignants des Syndicats signataires du 15 octobre sont engagés dans une grève interminable. La pomme de discorde reste ce que les syndicats de grévistes appellent « indemnités de logement », et le Gouvernement « prime de logement ». Au-delà de cette bataille sémantique, le Gouvernement redoute que les autres travailleurs de la Fonction publique s’engagent dans une éventuelle brèche qu’ouvriraient les enseignants. Si les autorités ont, enfin, daigné faire des propositions financières, celles-ci sont très éloignées des prétentions des grévistes. Dans ces conditions, on ne voit pas comment les deux parties pourraient arriver à un accord à court terme.

Dans les négociations entre employés et employeurs sur les revendications financières, ce sont généralement les compromis qui font avancer. En ce qui concerne le bras de fer entre les syndicats signataires du 15 octobre et le Gouvernement du Mali, c’est le refus du second de concéder une quelconque indemnité aux grévistes qui a durci la position de ces derniers. En effet, jusque-là, les autorités avaient estimé que les fonctionnaires du Mali bénéficient déjà de primes dites « de zone » et que les enseignants ne pouvaient légitimement pas bénéficier d’indemnités de logement sans provoquer la réaction des autres fonctionnaires.

Voilà que 05 mois après, le Gouvernement, acculé, concède une prime de logement de 20 000 FCFA aux trois catégories d’enseignants du secondaire et du fondamental, là où les grévistes maintenant demandent respectivement 80 000, 55 000 et 30 000 FCFA. Outre la disparité entre les sommes revendiquées et celle proposée par le Gouvernement, existe une bataille sémantique. En effet, la « prime de logement », au contraire de « l’indemnité de logement » est accordée aussi longtemps que le fonctionnaire sera en fonction mais cesse à la retraite. Et cela les enseignants n’en veulent pas.

Si certains peuvent considérer la proposition du Gouvernement comme un signe de bonne volonté, les grévistes pour leur part l’interpréteront certainement comme le signe de fléchissement, de faiblesse. En acceptant, pour la première fois depuis le début de la crise, d’octroyer une prime de logement, le Gouvernement démontre malheureusement que cela était possible dès le départ. On aura ainsi perdu beaucoup de temps et d’énergie dans une confrontation qui, aujourd’hui, compromet dangereusement l’année scolaire 2018-2019.

Après avoir obtenu le paiement de leurs salaires gelés, les syndicats signataires du 15 octobre  se sentent en situation de force car le Gouvernement redoute au plus haut point une année blanche aux conséquences imprévisibles. Même si le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Timoré Tioulenta, clame haut et fort avoir des plans pour « sauver » l’année scolaire, on ne voit pas comment il pourrait se passer des enseignants pour dispenser les cours, faire les évaluations et participer aux examens de fin d’année. En ouvrant la bourse, le Gouvernement a mis le doigt dans l’engrenage, lui qui avait essayé la manière forte en suspendant les salaires des grévistes et en refusant systématiquement toute idée d’indemnité de logement. Même si les autorités arrivaient malgré tout à « sauver » l’école d’une année blanche, les syndicats seraient encore là pour la reprise 2019-2020. Et là les positions risqueraient fort de se durcir davantage.

Encore une fois, le régime IBK pèche par défaut d’autorité. On ne joue pas au dur quand on a peur. Si le Gouvernement était resté ferme sur sa décision de ne rien payer faute de ressources, il aurait à long terme réussi, peut-être, à retourner l’opinion nationale contre les enseignants grévistes. En fléchissant, il ressemble à un lion blessé que les grévistes auront à cœur d’abattre. La seule arme susceptible de faire craquer les enseignants était la retenue des salaires. En obtenant le rappel des salaires des enseignants, les responsables syndicaux ont montré à leurs militants qu’ils pouvaient compter sur leur détermination à aller jusqu’au bout. C’est là où l’on peut déplorer la trop grande implication de la société civile là où il est question d’autorité. En l’occurrence cette société civile n’a été d’aucune utilité puisque la reprise des cours n’a jamais eu lieu. Aujourd’hui, l’année scolaire 2018-2019 est plus que jamais compromise. Même si les enseignants reprenaient les cours, on ne pourra, au mieux, que colmater une année académique déjà invalide. À voir le niveau catastrophique des enseignants et de leurs élèves, seules des assises nationales autour de l’école malienne peuvent permettre de relever une école malienne malmenée depuis Mars 1991…

Dialia Thiény Konaté

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