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Engagements du gouvernement malien sur l’emploi et la cherté de la vie : Leurre ou lueur ?

L’équipe gouvernementale de Soumeylou Boubèye Maiga, pour se donner un semblant de crédibilité face à la menace de grève de l’UNTM, a pris des engagements qu’elle ne pourrait sans doute tenir dans un contexte de crise multidimensionnelle qui est celui du Mali, et dont le régime est en partie responsable pour s’être montré incapable de se hisser à la hauteur de l’espérance des Maliens, et ce depuis 2013. En effet, même à l’UNTM on n’est pas sûr à 100% de la faisabilité des engagements auxquels l’Etat malien a souscrit, sachant bien qu’il est dans une griserie financière qui ne dit pas son nom, sans compter les réserves qui pourraient être celles des bailleurs de fonds dans certains domaines.

Parmi ces engagements qui pourraient coûter le sommeil au gouvernement Soumeylou, il y a celui se rapportant au recrutement massif des jeunes dans la fonction publique, et celui concernant la baisse des prix de certains produits de première nécessité, notamment l’électricité. En effet, dans le procès-verbal de conciliation de l’accord intervenu avec l’UNTM, le gouvernement s’engage, à adopter une Politique Nationale de recrutement massif des jeunes dans la fonction publique.

Sur ce registre, il est écrit que « Concomitamment à l’harmonisation des âges de départ à la retraite, il sera opéré un recrutement massif des jeunes, tout en privilégiant les secteurs où les besoin sont les plus importants. Ainsi, en 2019, il est envisagé un recrutement de 8.600 jeunes diplômés pour une incidence financière de plus de 15,481 milliards F CFA dans les différents secteurs de la fonction publique. Et pour ce qui est de la cherté de la vie, le Gouvernement s’est engagé à : réduire le prix du riz et de la viande, au plus tard fin mars 2019 ; maitriser les coûts de l’électricité, développer les énergies renouvelables ; développer la production et les branchements d’électricité.

D’abord pour le premier point, c’est un secret de polichinelle que les bailleurs de fonds n’ont jamais apprécié sous nos cieux que l’Etat soit le principal pourvoyeur d’emplois, à fortiori agréer qu’on se permette d’augmenter les différents âges à la retraite, d’où leur exigence de voir des investissements privés se développer. Sur ce point, il est clair que le gouvernement ne pourra compter que sur très peu de bailleurs. Ce qui ne lui laisse pas assez de choix que d’inventer des lignes de crédit sur le budget d’Etat dont la marge du déficit s’élargit de jour en jour.

Pour ce qui concerne la réduction du coût de certains produits de première nécessité, le gouvernement dispose certes de marges pour baisser le prix du riz et de la viande, mais pour ce qui concerne l’électricité, il faut craindre beaucoup qu’il n’y ait une grande discorde entre l’Etat et les bailleurs de fonds, notamment le FMI qui a toujours recommandé une augmentation des tarifs d’électricité. Un souci bien partagé par le gouvernement malien qui peine à faire face aux besoins de ce secteur qui est loin d’être un luxe aujourd’hui, mais une nécessité absolue pour tout Etat qui veut se développer.

A ce jour encore, le gouvernement fait face à un dilemme : comment augmenter les tarifs d’électricité sans se voir confronté à une grogne sociale ? En effet, le problème que connait la société Energie du Mali étant à la fois économique et structurel, combiné à une incapacité de production suffisante pour combler la demande des consommateurs, le ministre de l’Economie et des Finances ne révélait-il pas que c’est le Trésor Public qui fait face aux créances de EDM-SA, et ce depuis le mois d’avril dernier, les fournisseurs de cette société, à bout de souffle, ayant menacé de suspendre la fourniture d’énergie et d’hydrocarbures.

Les tensions de trésorerie à l’EDM n’ont pas commencé aujourd’hui, car en 2015, l’État malien, qui avait prévu un budget de 42 milliards de F CFA pour subventionner les pertes de EDM, a dû faire un effort supplémentaire de près de 20 milliards de plus que prévu. Un gap dû aux coûts plus élevés d’achat de carburants ainsi qu’à la masse salariale plus élevée que prévue suite au recrutement de personnel en 2015. Et selon le dernier rapport du Groupe de Suivi Budgétaire présenté au public, la subvention et les exonérations de l’Etat à EDM-SA n’ont cessé d’augmenter depuis.

Aussi se rappelle-t-on, en 2016 le ministre de l’Economie et des Finances avait laissé entendre, dans une interview accordée à « Jeune Afrique », l’éventualité d’une augmentation des tarifs d’électricité, argumentant que les tarifs appliqués par Énergie du Mali étaient inférieurs à ses coûts de production. « Donc, même si l’État s’est pour le moment abstenu de réajuster ces prix afin de ne pas ponctionner davantage les Maliens, il sera bientôt un impératif de le faire », avait à cette occasion annoncé Boubou Cissé.

Des propos similaires tenus en 2017 par Ladio Sogoba, Directeur Technique à EDM-SA qui, réagissant face aux critiques des Maliens sur les coupures d’électricité, déclarait : « L’électricité comme tout produit marchand doit être rentable afin de pouvoir s’autofinancer, alors que EDM achète le KWh à 130 F CFA pour le revendre à 98 F CFA. Ce qui entraine une perte de 32 F CFA. Raison pour laquelle, nous ne pouvons pas faire des investissements dans cette situation… Aussi, pour développer le réseau, les populations doivent accepter une augmentation du coût de l’électricité, car l’Etat qui accorde à EDM une subvention d’exploitation sera, à l’avenir, contraint d’aller vers une telle solution ».

Face à ces constats, comment le gouvernement va s’y prendre pour honorer son engagement relatif à la maîtrise du coût de l’électricité ? Sur ce registre, l’engagement de l’équipe Boubèye doit-il être pris pour une lueur d’espoir ou un leurre ? That’s the question !

Seydou Diallo

 

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