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Éducation : L’École malienne rattrapée par l’incurie

Cela fait bientôt trois décennies que l’école malienne nage dans toutes sortes de fraudes dans l’incurie totale : fuite de sujets, faux diplômes, faux enseignants, trafics d’élèves, fraude à la scolarité etc. Depuis trois décennies, on a laissé faire en fermant les yeux sur ce qui est une bombe pour l’école et qui finira par exploser. Aujourd’hui, l’école malienne, du fondamental à l’université, souffre de l’extrême pléthore que même les nombreux établissements privés partenaires ont du mal à contenir. Prévue pour ce lundi, 29 octobre 2018, l’orientation des élèves admis au Diplôme d’Études Fondamentales (DEF) a été ajournée, sur ordre, semble-t-il, du Premier ministre en personne, pour insuffisances de ressources financières. Ce n’est qu’un début car l’éducation va au-devant d’une crise beaucoup plus grave si des mesures indispensables ne sont pas prises pour la sauver.

Le système éducatif actuel qui voudrait que l’État malien prenne en charge la scolarité de tous les enfants est certes louable. C’est une politique nationale qui date de l’indépendance, principalement de 1962, quand les nouvelles autorités politiques issues de l’indépendance ont décrété un « enseignement de masse et de qualité » pour tous les enfants maliens. À l’époque, la jeune République du Mali, socialiste de surcroît, voulait rapidement rattraper le retard pris dans la scolarisation des enfants après les années de colonisation. Non seulement l’école était totalement gratuite mais également et surtout obligatoire. De l’école fondamentale jusque dans les grandes écoles, aucun parent ne déboursait un franc pour la scolarisation des enfants.
Or la situation a totalement changé depuis 58 ans. De 4 millions d’habitants environ en 1960, le Mali compte en 2018 près de 20 millions, avec 60% de jeunes dont une grande proportion d’enfants. Assurer l’éducation de ces millions d’enfants avec les seules ressources de l’État est devenu pratiquement impossible d’autant plus que si le diagnostic de la crise prévisible a été fait depuis longtemps, la volonté politique de réforme n’a pas suivi. Pour n’avoir pas su mettre en œuvre une politique de contrôle du flux et maîtriser une politique adéquate d’orientation des élèves dans des établissements techniques et professionnels plus avantageux pour le développement du pays, les autorités sont aujourd’hui dans l’impasse.
L’orientation des élèves admis au DEF a toujours été difficile car la capacité d’accueil des établissements publics et privés est saturée depuis des années. Si celle de 2018 pose problème, c’est à cause du nombre anormalement élevé des admis de la session 2017-2018. Loin d’être le résultat d’une progression dans les études, le taux élevé de 70% de réussite au DEF est le fait d’une fraude tellement massive que certains avaient appelé à l’annulation des résultats. En effet, les sujets avaient largement fuité et se sont même retrouvés sur le net et les réseaux sociaux.
Cette fraude, massive cette année, est habituelle depuis bientôt trois décennies. Il y a trois ans, un réseau de faussaires avait été démantelé au sein même de l’administration scolaire quand Mme Jacqueline Nana Togola était ministre. Des interpellations en ont suivi mais les prévenus ont vite été relâchés sans suite judiciaire. C’est pour cette fraude endémique et l’absence de politique dans le suivi des effectifs scolaires que l’école se trouve aujourd’hui en difficulté. Les autorités politiques maliennes ont tellement peur de la rue qu’elles acceptent la déconfiture de l’école malienne que d’affronter les parents d’élèves. Au Burkina Faso voisin, l’État ne prend en charge que les meilleures élèves dans le secondaire et se contente d’assurer l’éducation de ses enfants jusqu’au BEPC, équivalent du DEF.
De même que l’État malien a décidé de ne pas orienter les élèves âgés titulaires du DEF, il est temps de se rendre compte qu’il est impossible, dans la situation actuelle, de prendre en charge tous les diplômés du DEF. Cette décision s’impose chaque année et son ajournement ne fait que mettre la pression sur l’État au plan financier insupportable et au flux humain ingérable désormais. Plus on tardera à prendre cette décision plus la situation risque d’atteindre rapidement un point de blocage total aux conséquences incalculables. Sans ressources financières et humaines pour assurer les études des nouveaux diplômés du DEF, le Gouvernement est désormais face à un dilemme qui aura de grandes répercussions sur l’année scolaire 2018-2019, qui a déjà pris un mois de retard, et dans les années à venir.

Diala Thiény Konaté

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