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Constitution malienne : La révision est grosse de menaces

Ce sera la quatrième tentative de révision de la Constitution du Mali depuis l’avènement de la démocratie en 1992. De Alpha Oumar Konaré à Ibrahim Boubacar Kéita en passant par Amadou Toumani Touré, tous les présidents de la République démocratiquement élus se sont essayés à réviser la Loi fondamentale malienne, sans succès. Pour IBK ce sera même la seconde fois après celle avortée de 2017 qui a vu une forte opposition des populations sur presque toute l’étendue du territoire et à l’extérieur du pays. Il avait été essentiellement reproché au Président de la République de vouloir prendre en otage la démocratie malienne et surtout de n’avoir pas pris en compte les reproches faits principalement par l’Opposition politique. Or voilà qu’avant même le début des travaux de réflexion et de propositions de révision du Comité d’Experts nommé à cet effet, des voix s’élèvent pour critiquer la démarche adoptée par IBK et Soumeylou Boubèye Maïga. Si des mesures d’ouverture et de participation consensuelle ne sont pas entreprises au plus tôt, cette énième tentative de révision de la Constitution du 25 février 1992 sera grosse de menaces certaines.

Dans son adresse à la Nation, le 18 août 2017, pour justifier sa décision de surseoir à la révision de la Constitution du 25 février 1992, Ibrahim Boubacar Kéita avait mis en avant « l’intérêt supérieur de la Nation ». Le Président de la République avait notamment déclaré : « « J’ai constaté que ce qui était à l’origine des divergences est hélas devenu au fil du temps de profonds clivages menaçant d’ébranler durablement notre cohésion nationale. J’ai enregistré avec inquiétude la montée des radicalités. Ces alarmes, nous les avons partagées, vous et moi. Je vous ai entendu exprimer vos craintes de voir notre cher pays dériver vers des affrontements tragiques (…). Au regard de tout ce qui précède, et en considération de l’intérêt supérieur de la nation et de la préservation d’un climat social apaisé, j’ai décidé, en toute responsabilité, de surseoir à l’organisation d’un référendum sur la révision constitutionnelle. Pour le Mali, aucun sacrifice n’est de trop ».

Ces paroles, empreintes d’une profonde sagesse, avaient pourtant été ressenties par des Maliens comme la victoire du Peuple sur l’autocratie. En effet, il a fallu une mobilisation grandiose où se retrouvaient des Maliens de toutes provenances et de tous bords pour contraindre IBK à renoncer provisoirement à sa volonté de réviser la Constitution du Mali, en relation avec l’Accord pour la paix et la réconciliation signé en 2015, disait-il. On avait alors pensé que le Président de la République allait tirer de cet échec toutes les leçons en vue d’attirer tous ceux qui, opportunément ou par conviction, s’étaient opposés au projet présidentiel. Or, avant même que le Comité d’Experts commis à cet effet ne commence son travail, des voix se font entendre pour critiquer et dénoncer la mise en route unilatérale d’une révision constitutionnelle qu’elles voudraient à tout le moins consensuelle.

Encore une fois, c’est la légalité de cette révision de la Constitution qui est en cause. En effet, certains ne reconnaissent pas au Premier ministre le pouvoir de mettre en place un comité d’Experts en vue de la révision constitutionnelle. Le Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD) et le parti FARE An Ka Wuli de Modibo Sidibé, vont plus loin et ont d’ores et déjà exprimé leur réprobation. Dans une déclaration rendue publique, le FSD écrit ceci : «En créant ce comité et en nommant ses membres sans concertation préalable, le Premier ministre est dans la politique du fait accompli et met la charrue avant les bœufs. Le FSD condamne cette attitude unilatérale au moment où le pays tout entier attend l’ouverture d’un dialogue politique pour résoudre les graves crises auxquelles le Mali est confronté ».

On notera bien dans ce communiqué l’expression « l’ouverture d’un dialogue politique ». Elle est fondamentale. En effet, le FSD et le FARE An Ka Wuli estiment que la situation de crise politique au Mali, exacerbée par la controversée élection du Président de la République de  juillet et août 2018, avec ses épisodes de marches réprimées, exige que les fils du Mali (politiques et société civile) se réunissent, se parlent et s’entendent pour sortir le pays du mauvais pas où il est engagé depuis 2012. Sans parti pris aucun, il est indéniable que seul un consensus national est de nature à réconcilier les Maliens avec eux-mêmes. Car le Mali est un pays en profonde crise, crise sécuritaire, crise sociale, crise politique. Les violences physiques, les assassinats ciblés, les attentats, les grèves, les marches se suivent à un rythme qui obscurcit les esprits de bon nombre de Maliennes et de Maliens. C’est pourquoi il apparaît illusoire de vouloir gouverner le Mali comme si de rien n’était.

Aussi longtemps que ceux qui président aux destinées de notre Maliba ne se départiront pas de leurs préjugés, animosité, rancœur, suspicion, fierté, égo pour ne voir que la souffrance d’un Peuple du Mali meurtri et fatigué, la crise aura encore de beaux jours devant elle. L’actuelle grève de 10 jours décrétée lundi dernier par les Syndicats enseignants signataires du 15 octobre 2016, la récente grève générale de l’UNTM, qui a paralysé le pays et occasionné des pertes énormes, la prochaine grève de 5 jours que projette la même centrale syndicale en février, l’échec de la Conférence nationale sont pourtant autant de signaux pour ceux qui savent lire dans les évènements. Le salut du Mali actuel est dans l’unification des Maliens. Que tous ensemble, réunis, engagés et réconciliés nous œuvrions à redonner au Mali sa renommée et sa fierté d’antan est ce qui peut nous arriver de mieux. Sans jouer à l’oiseau de mauvais augure, la nouvelle tentative de révision de la Constitution est très mal partie. Le Mali appartient à nous tous et dans la situation actuelle il a besoin de chacun de nous pour boucher les trous de la fameuse Jarre que le Président aime tant évoquer. Hormis le consensus il n’est point de salut. Aucune prière ne changera la donne.

Diala Thiény Konaté

 

 

 

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