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Autorité de l’État : la défiance permanente

C’est peu de dire qu’au Mali, l’autorité de l’État est vacillante et cela depuis l’avènement de la démocratie en mars 1991. Mais celle-ci s’est nettement dégradée avec l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Boubacar Kéïta. Jamais, depuis l’indépendance du pays le 22 septembre 1960, le pouvoir politique n’aura été aussi vilipendé, aussi peu considéré et le Chef de l’État et tous les symboles de la République déconsidérés. Entre grèves sauvages, marches de protestation et de contestation, révoltes ouvertes et un incivisme malsain, la défiance vis-à-vis de l’autorité de l’État est quasi permanente. Le hic est que les autorités politiques, par certaines prises de décisions semblent, elles-mêmes, donner l’occasion aux populations de les contester.

Quand 77,60% des Maliens votants ont accordé leurs voix à Ibrahim Boubacar Kéita, IBK, le 11 septembre 2013, c’était avec l’espoir que le Kankelentigi redresserait un Maliba qui avait atteint les fonds. L’homme d’État était considéré comme un homme de parole, un homme à poigne qui ne transige pas quand il est question de l’autorité et des intérêts de la nation malienne. Or cinq ans après, le sentiment général des Maliens est plus que mitigé. Le Mali certes a repris certaines couleurs au regard du contexte de 2013 où le pays était à terre mais la situation générale reste inquiétante, particulièrement au niveau social où des signes avant-coureurs d’une érosion sont de plus en plus visibles.

Ce ne serait pas honnête de dire que le Président IBK détient l’entière responsabilité de la dégradation actuelle du Mali car la faute est à la démocratie telle que les Maliens l’ont conçue et mise en œuvre. En effet, avec la chute du régime de dictature de Moussa Traoré, les Maliens, particulièrement ceux qui ont pris les rênes du pouvoir en mars 1991, ont grandement contribué à la faiblesse de l’autorité de l’État. Ainsi, ceux qui étaient partenaires et camarades lors des évènements de mars 1991 deviendront des ennemis jurés quand le « gâteau » à partager a suscité les pires convoitises. On se souvient qu’Alpha Oumar Konaré a passé tout son premier mandat à faire face à la fronde de l’opposition réunie dans le Collectif des partis politique de l’opposition, COPPO. Il aura fallu attendre l’arrivée  d’un certain IBK au poste de Premier ministre pour que le Premier Président démocratiquement élu du Mali puisse vraiment s’atteler aux tâches de développement.

Le couple IBK/SBM doit vite restaurer l’autorité de l’Etat

Mais le mal était fait. Les Maliens se sont désormais  habitués à la contestation violente de l’autorité de l’État d’autant plus que les différents Chefs d’État que connaîtra la troisième République auront la peur au ventre à chaque mouvement de foule. En effet, il n’était pas question de réprimer les auteurs de violences pour ne pas faire de morts qui rappelleraient les folles journées de mars 1991. Cette peur-là a beaucoup limité les Présidents Alpa Oumar Oumar Konaré – qu’on a voulu coûte que coûte pousser à la faute-, Amadou Toumani Touré et actuellement Ibrahim Boubacar Kéita. Cette situation a considérablement contribué à la faiblesse de l’autorité de l’État dont la manifestation la plus flagrante a été l’attaque indigne, le 21 mai 2012, jusqu’à l’intérieur du Palais de Koulouba, du Président de la Transition, Dioncounda Traoré, dont on s’étonne encore aujourd’hui qu’il en ait réchappé.

La situation s’est encore fortement dégradée avec un IBK affaibli qui est à mille lieues du Premier ministre d’AOK d’alors. Excepté la mise au pas d’Amadou Aya Sanogo et de certains de ses compagnons putschistes en novembre 2013, IBK aura rarement mérité le qualificatif d’homme de poigne, le Kankelentigidont il a été affublé par ses concitoyens.Les évènements de Kéniéba, les marches massives contre la révision constitutionnelle, celles de protestation contre la réélection du Président IBK, les grèves illimitées et mortelles de la Santé, des Magistrats et des enseignants, les actuelles levées de boucliers contre le projet de découpage administratif, sont autant d’évènements qui ont laissé le Président de la République et son Gouvernement pantois. Tout se passe comme si IBK est totalement dépassé par les évènements, incapable qu’il semble être de faire régner l’ordre et la discipline à cause de ses incessantes tergiversations.

Le résultat est que Maliba est dans une situation des plus inquiétantes aujourd’hui. Il suffit de se hasarder dans la circulation à Bamako pour se rendre compte de l’incivisme et du manque total de respect des uns vis-à-vis des autres. Les journaux, les réseaux sociaux et la rue sont devenus le réceptacle de toutes les déviances d’un peuple à la dérive. La famille, l’école, la rue sont le baromètre de la société ; ils se délitent dès que l’autorité y est absente ou affaiblie. L’incivisme est tel aujourd’hui au Mali que les Maliens n’ont plus peur de rien surtout pas de défier l’autorité à tous les niveaux. Le procureur, le juge, le policier, le gendarme, le douanier, l’enseignant et le Président de la République ne font plus peur au Mali. Cependant le danger immédiat qui nous guette est celui attaché au projet de découpage administratif dans lequel beaucoup voient une prime à la rébellion. Si le pouvoir gère cette situation avec le laxisme qu’on lui connaît, le danger n’est pas loin. C’est là qu’est la responsabilité d’IBK, celui du Chef. Il faut espérer qu’il saura relever ce défi car c’est l’avenir de la Nation qui est en jeu.

Diala Thiény Konaté

 

 

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