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Adresse à la Nation : IBK se met au-dessus de la mêlée…

Depuis Dioura, depuis Koulogon, depuis Ogossagou, le Peuple du Mali attendait que le Président de la République s’adresse à la Nation. C’est désormais chose faite depuis hier mardi, 16 avril 2019, dans le Journal de 20 Heures de l’ORTM. IBK, dans son discours, n’a occulté aucun point crucial de la crise que notre pays traverse depuis des années, et particulièrement depuis les massacres de populations civiles par des individus non encore identifiés. La sécurité au Centre, l’École malienne, la révision de la Constitution, les concertations nationales, tout a été évoqué dans un discours dont le ton mesuré et fédérateur aura particulièrement attiré l’attention de plus d’un et surpris beaucoup.

Le silence pesant du Président de la République pendant que des événements d’une extrême gravité endeuillaient le pays, avait été diversement interprété par les Maliennes et les Maliens. Si les uns ont vite fait de mettre cette attitude au compte du mépris d’IBK pour son peuple, d’autres y avaient vu une incapacité du Chef de l’État à faire face à une situation qui semblait le dépasser. Et le Président de la République le savait qui, dans son adresse, l’a évoqué en des termes clairs et précis. « Je sais que depuis des semaines, la Nation attend ma parole », déclare IBK à l’entame de sa prise de parole.

Loin d’être l’expression du mépris, le Président de la République justifie son silence par le fait qu’il fallait « laisser le temps au temps, de laisser se décanter des situations, d’éviter la passion qui est toujours mauvaise conseillère ». Comme pour répondre à ses détracteurs, IBK se défend catégoriquement : « Avec ce peuple, envers ce peuple, je ne commettrai jamais le péché de mépris et d’arrogance », affirme-t-il de façon péremptoire en évoquant « Ce cher Mali que chacune et chacun doit mettre au-dessus de soi ! Ce Mali millénaire et éternel que chacun d’entre nous porte profondément en son cœur, que nous avons, tous et chacun, égale obligation de porter, d’accompagner, de protéger et de faire rayonner ! »

Après ces mises au point et après l’appel au patriotisme de chacun et de tous, IBK évoque les sentiments des Maliennes et des Maliens devant tant d’adversités à même de saper le moral des plus téméraires de ses compatriotes. « J’ai entendu toutes les colères, décodé tous les signaux, compris tous les messages remontant d’un pays dont je ne saurai jamais mésestimer les préoccupations », affirme le Chef de l’État.

On se doutait qu’IBK ne pouvait pas occulter Ogossagou et il l’évoque comme un « Jour de grande tristesse (…) qui vit tant de valeurs humaines, jusque-là magnifiées et partagées, se consumer dans les fumées de la haine et du fanatisme ». « Fanatisme », a dit le Président à propos du massacre d’Ogossagou. Est-ce une relecture de l’éventuelle implication de Dan Nan Ambassagou dans le massacre d’Ogossagou, implication d’abord soutenue par le Gouvernement à la suite du Conseil de Ministres extraordinaire du dimanche 24 mars 2019 ? Rien n’est moins sûr puisque le Président de la République reconnaît « les violences intercommunautaires » qui « ne peuvent pas s’ajouter à l’insécurité entretenue par les pseudo djihadistes ».

Concrètement, IBK annonce le déploiement au Centre « des contingents supplémentaires des forces armées et de sécurité » parce que, affirme le Président de la République, « Les événements qui se déroulent au Centre ont atteint une dimension inacceptable qui nous interpelle tous ». Concomitamment, un effort sera fait pour rétablir les services sociaux de base dont l’absence est durement ressentie par les populations en état d’abandon.

L’École est aussi un des points saillants du discours d’IBK. Pour le Président de la République, « Les moyens à mobiliser pour l’école, apprenants comme enseignants, sont lourds très lourds (et) sont généralement au-dessus des capacités financières de l’État ». Qu’à cela ne tienne. Parce qu’ «il n’est pas question de laisser l’enseignement être le parent pauvre du développement de la nation », IBK déclare avoir « instruit au Gouvernement de trouver alors un point d’équilibre, un terrain d’entente via une négociation intelligente, et ce dans le respect mutuel, dans les limites bien comprises de ce que l’État peut consentir tout de suite et ce qu’il ne peut que plus tard ».

Évoquant le contexte socio-politique que traverse le pays, le Chef de l’État s’est félicité des résultats des consultations en cours depuis quelques semaines non sans difficultés. « J’ai apprécié au plus haut point les échanges et les contributions qui m’ont apporté des éclairages utiles », affirme IBK. Parce qu’une majorité de la classe politique et de la Société civile aspire au débat national pour aplanir les difficultés et repartir sur des bases solides et consensuelles, le Président de la République a « décidé de confier à un triumvirat la tâche de diriger un cadre de concertation nationale regroupant du 23 au 28 avril 2019 les représentants de toutes les forces politiques et sociales de notre pays ». Il s’agira lors de ces concertations « d’évaluer les forces et les faiblesses de notre démocratie, de notre vécu institutionnel d’une part, et de cerner d’autre part, les opportunités et les menaces du chemin », déclare IBK. Cependant au cours des concertations annoncées « si aucune préconisation nouvelle ne doit être ignorée à condition d’être efficiente et pertinente, il ne peut s’agir d’enfoncer des portes ouvertes… ou traîner en longueur », prévient le Président de la République.

Ainsi, l’adresse du Président de la République à la Nation malienne est une tentative de reprendre les choses en main en accédant à l’exigence de l’Opposition politique malienne de surseoir à la révision de la Constitution en attendant des concertations pour la refondation. Certes IBK a éludé la question du départ de Soumeylou Boubèye Maïga, ce qui pourrait être interprété comme une confirmation. Cependant, la perspective d’un cadre de concertation nationale peut, si tous y mettent de la bonne foi, permettre de faire baisser pour un temps la tension permanente de ces dernières semaines. Pourvu que des personnes mal intentionnées ne viennent pas, par des marches inopportunes, affaiblir la dynamique que le Chef de l’État vient de mettre en branle.

Diala Thiény Konaté

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