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Présidentielle 2018 : Comme en 2013 ?

Le premier tour de l’élection présidentielle du 29 juillet 2018 a vécu. Excepté quelques attaques de localités du Centre et du Nord du pays par des groupes terroristes qui ont empêché le vote de se tenir dans plus de 700 bureaux, le scrutin semble s’être déroulé à la satisfaction des observateurs maliens et étrangers. Un bémol cependant, le principal challenger d’IBK, Soumaïla Cissé et une partie des candidats de l’Opposition politique contestent la régularité des votes. Il appartiendra à la Cour Constitutionnelle du Mali de statuer sur la saisine dont elle a été l’objet par le Président de l’URD. En attendant la suite de ce recours et la proclamation définitive des résultats ce mercredi, ce sont les anciens protagonistes de 2013, Ibrahim Boubacar Kéita et Soumaïla Cissé qui s’affronteront le dimanche, 12 août 2018, au second tour.

Tous ceux qui avaient appelé, pendant des mois, au renouvellement de la classe politique au Mali, particulièrement la présidence de la république, sont les principaux perdants du scrutin du 29 juillet 2018. Le peuple souverain du Mali en a décidé autrement. Ce sont bien Soumaïla Cissé et Ibrahim Boubacar Kéita, IBK, qui se retrouveront pour le round final de l’élection présidentielle au Mali, comme en 2013. Si ce remake a pu choquer certains qui se sont laissé aller à des diatribes excessives envers les populations de certaines localités maliennes, il faut convenir que c’est le choix des Maliens. Ce choix, à mille lieues des nouveaux théoriciens de la politique malienne, est légitime et doit être respecté car c’est la démocratie qui a parlé.

Cependant, on comprend que Soumaïla Cissé soit amer après la proclamation des résultats provisoires du premier tour de l’élection présidentielle du 29 juillet 2018. Le candidat de l’URD voit ressurgir le spectre de la défaite face à un IBK dont les résultats provisoires publiés par le Ministre de l’Administration Territoriales et des Collectivités créditent d’un suffrage à 41,42% contre 17,80% pour son challenger. Cette différence entre les deux hommes est plus que rageant pour Soumaïla Cissé qui, une fois de plus, a été floué par toute cette foule qu’il a soulevée lors de ses meetings à travers tout le pays. Y a-t-il eu « bourrages des urnes » au profit d’IBK comme le soutient le candidat de l’URD ? Il appartient désormais à la Cour Constitutionnelle, qui a été saisie à cet effet, de trancher ce litige qui, selon Soumaïla Cissé, aurait faussé les résultats du scrutin en sa défaveur.

Mais le hic est que le Président de l’URD et ses partisans n’ont aucune confiance dans la plus haute juridiction du Mali. Les 9 Sages sont, depuis le scrutin du 29 juillet dernier, l’objet de toutes les critiques quant à leur crédibilité et leur impartialité. Me Mohamed Ali Bathily, un des candidats affiliés à Soumaïla Cissé, a clairement affirmé que la Cour Constitutionnelle a violé la loi en changeant les dispositions qui régissent l’utilisation des procurations. On se souvient que Soumaïla Cissé a déclaré avant et après l’élection présidentielle qu’il ne reconnaitrait pas les résultats provisoires tels que proclamés par le MATC. Il apparaît ainsi que sa saisine de la Cour Constitutionnelle n’est qu’une simple formalité pour être conforme à la loi.

Dès lors, si IBK et Soumaïla Cissé se retrouvent au second tour comme en 2013, les conditions de ces retrouvailles ne sont pas identiques comme on pourrait le penser, quoique des points de recoupement existent. En effet, le challenger d’IBK bénéficie cette année de l’appui d’un groupe de 16 candidats qui ont tous signé le pacte de ralliement au candidat d’entre eux qui passerait au second tour. A priori, cela constitue un avantage certain mais a priori seulement. En effet, les intérêts en politique sont si versatiles qu’il y a des chances de voir certains membres de la coalition faire faux bond à Soumaïla Cissé et rejoindre IBK ou s’abstenir de donner des consignes de vote. En outre, le report des voix n’est jamais automatique en élection.

Au Mali, comme partout en Afrique, le vote est avant tout régionaliste, communautaire, ethnique. Ainsi, il ne fait aucun doute que l’électorat d’un Modibo Kadjoké est majoritairement composé de Dogono dont il est issu. Il n’est pas sûr que tous ceux qui ont voté pour lui respectent une éventuelle consigne de vote au second tour. Il y en aura qui ne trouveront plus utile d’aller voter puisque leur « parent » a été éliminé, et d’autres qui, sous influence, décideront le camp adverse pour plusieurs raisons.Mais le fait qui joue en défaveur de Soumaïla Cissé est sa personnalité. Depuis 2002, année où il avait été investi candidat officiel de l’ADEMA-PASJ, le natif de Niafunké est régulièrement désavoué par l’électorat malien qui  fait de lui l’éternel second, le « jamais gagnant » de la politique malienne.

Soumaïla Cissé n’a jamais su parler ni au cœur ni à l’esprit des Maliens. Depuis 2014, il n’a jamais cessé de s’attaquer personnellement au Président IBK, en tandem avec Tiébilé Dramé qui est champion en ce domaine. Or il est un principe culturel chez nous au Mali : le respect de l’aîné et du chef est inattaquable. C’est parce que Soumaïla Cissé fait de la politique à l’occidentale qu’il a du mal à percer dans son pays. Dans un pays hautement alphabétisé, Soumaïla Cissé aurait facilement pu « démonter » le bilan d’IBK qui n’aurait peut-être aucune chance de faire le score qu’il a fait au premier tour du scrutin du 29 juillet.Le Président sortant aurait même pu perdre dans ces conditions. Or les Maliens sont moins de 20% à comprendre le français et ses subtilités, langue favorite de Soumaïla Cissé. Et les rares compatriotes à le comprendre sont d’abord attachés à leurs intérêts personnels qui les font suivre celui qui a le plus de chance de l’emporter pour sauvegarder « leurs jardins ».

Si la Cour Constitutionnelle rejetait le recours de Soumaïla Cissé, ce dernier serait dans l’obligation d’aller malgré tout au second tour ou de se retirer pour jeter le discrédit sur l’élection présidentielle même si le scrutin de dimanche prochain serait quand même organisé. Mais il est peu de chance de voir Soumaïla Cissé se retirer de la course à Koulouba. L’homme a presque tout réussi dans sa vie. Il n’y a que la Présidence de la république qui manque à son tableau de chasse. Voilà pourquoi, de toute évidence, Soumaïla Cissé sera sur la ligne de départ du second tour.

Malgré les irrégularités qu’il  ne cesse de dénoncer, malgré le score démoralisant d’IBK au premier tour, le candidat de l’URD aura à cœur de mobiliser les candidats qui se sont joints à lui dans l’opposition politique en vue de l’alternance en 2018. Pour triompher au soir du 12 août 2018, Soumaïla Cissé aura besoin du concours et l’appui de tous ses alliés en espérant qu’il n’y aura pas de trahison. Aliou Diallo et Cheick Modibo Diarra, respectivement 3ème et 4ème, avec un score cumulé de 15,41%, seront indispensables à Soumaïla Cissé pour espérer l’emporter sur IBK. Il suffirait que l’un ou l’autre ne le soutiennent pas pour que sa situation soit compromise. Le challenger d’IBK aura besoin de tout son talent de politique pour persuader l’ensemble des 16 candidats malheureux à le soutenir.

Déjà la candidate Djénébou N’Diaye, avec ses 0,36%, s’est ralliée à IBK. Ce sont environ 11 000 électeurs potentiels qui échappent ainsi à Soumaïla Cissé qui prie sans doute pour que d’autres n’imitent pas la seule femme du groupe des candidats. Les jours à venir sont essentiels pour la suite. Du positionnement des uns et des autres dépendra en grande partie l’avenir politique de Soumaïla Cissé pour qui 5 nouvelles années à passer dans l’opposition politique pourraient être de nature à émousser l’ardeur. Pour autant le Président de l’URD ne s’avoue pas vaincu. Il se battra sans doute jusqu’au bout pour tenir la chance qui lui reste pour « arracher le pouvoir » à IBK.

Diala Thiény Konaté

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