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11 Octobre : La Jeune fille en question

Le 11 octobre est la Journée internationale de la Fille. Si l’éducation et la formation de la Fille sont problématiques sur tous les continents, elles le sont encore plus dans les pays d’Afrique, particulièrement dans des zones de conflits. Au Mali, la jeune Fille est confrontée à plusieurs problèmes dont le faible taux d’alphabétisation, l’échec scolaire, l’excision, le mariage précoce et forcé. Dans plusieurs régions du Mali, la jeune fille est condamnée, à sa naissance, à n’être rien d’autre qu’une mère dévouée à son mari et ses enfants. Toute chose qui compromet dangereusement son épanouissement et prive ainsi le pays d’une grande partie de ses ressources humaines dans la construction d’une nation plus forte et plus égalitaire.

Bien que beaucoup d’efforts aient été fournis en faveur de la promotion de la Jeune Fille, celle-ci reste encore victime de lourds préjugés et de pratiques inhumaines qui freinent, en ce 21ème siècle, son épanouissement et son émancipation. Parmi ces pratiques, l’excision vient en tête. En effet, malgré l’effort de sensibilisation et de lutte entrepris essentiellement par des ONG engagées dans la défense de la Jeune Fille au Mali, l’excision est encore pratiquée dans notre pays sur environ 95% des filles. Malgré les multiples et graves dangers, très souvent invalidants, dénoncés par des spécialistes en médecine, les filles maliennes sont encore victimes d’une pratique que rien ne justifie. Car il est faux d’affirmer que l’islam prône cette pratique moyenâgeuse. Tombouctou, qui est sans doute l’une des villes maliennes les plus musulmanes depuis des siècles, n’excise pas ses filles. L’argument de la religion est donc un mensonge pour masquer la domination et le contrôle des hommes sur les femmes.

C’est pourquoi il est essentiel que les autorités politiques s’investissent dans ce domaine qui relève du droit fondamental de la Jeune Fille à l’intégrité physique. Cependant, les autorités maliennes sont si frileuses quand il s’agit de questions relatives à l’islam, l’influence des religieux musulmans sur les politiques est si forte, qu’il est peu de chance de voir la question de l’excision débattue à l’Assemblée nationale du Mali pendant les cinq prochaines années. La survivance de l’excision est aussi renforcée par le fait que les femmes qui ne s’imaginent pas affronter les hommes sur ce  terrain, assujetties qu’elles sont, demeurent les principales actrices d’une pratique qui les déshumanise pourtant. La peur de la réaction masculine est trop forte pour que la lutte contre l’excision soit portée par des femmes leaders.

Le mariage précoce et/ou forcé sont d’autres pratiques néfastes pour la jeune Fille malienne. Ces pratiques qui font de la jeune Fille un objet sexuel, sont le fait de l’instinct phallique tel qu’on le retrouve chez les animaux. Comment est-il possible, pour un homme, de chercher à s’accoupler à une fille, une enfant de 11, 12, 13, 14 ans, une enfant qui sait à peine à quoi est destiné son corps et qu’on violente jusqu’au plus profond de sa chair et de son être ? Cette pratique est le déni suprême du droit à l’intégrité physique que la Constitution malienne consacre pourtant à tous. L’État malien s’est encore une fois rendu complice des islamistes en abaissant à 16 ans l’âge du mariage de la jeune Fille. C’est, à proprement parler, la légalisation du mariage précoce.

Le mariage précoce et/ou forcé sont l’une des raisons du faible taux de scolarisation de la jeune Fille malienne. Elles sont, en effet, nombreuses les filles qui sont privées d’instruction parce qu’elles ont été destinées, très tôt, à un homme qui, dès que les seins bourgeonnent, sont pressés de « prendre possession de leur bien ». Les traumatismes physiques et psychiques liés au mariage précoce poursuivent les filles tout au long de leur existence. C’est pourquoi le mariage précoce est un « Crime contre la jeune Fille » et devra être traité comme tel. Le refus de la scolarisation des filles trouve son explication dans le fait qu’elle retarde le mariage de celle-ci. Analphabète, mariée contre son gré, précocement mère, la vie de la jeune fille devient un long calvaire qui lui fait dégoûter la vie conjugale. À l’âge de trente ans, voire moins, où la femme est habituellement en plein épanouissement, la jeune Fille mariée précocement ressemble à une femme de quarante-cinq ans qui n’attend plus rien de la vie.

Ce sont toutes ces pratiques et bien d’autres encore qu’il faut combattre avec la dernière énergie tant elles sont inhumaines. L’excision, le mariage précoce et/ou forcé, la déscolarisation et le travail précoce de la Fille sont autant d’atteinte à la dignité de la Fille. On ne peut humainement parler de démocratie quand la partie majoritaire du pays est assujettie à des pratiques qui sont de véritables crimes contre l’Humanité. La Journée du 11 octobre devra être portée par tous ceux qui souffrent de voir le sort infrahumain imposé à la Fille malienne. S’il est juste de se battre pour la promotion de la Femme au Mali dans les instances politiques et administratives, il est plus important de se vouer corps et âme à la défense des droits de la Jeune Fille malienne. Le développement harmonieux des femmes et du pays en dépend.

Diala Thiény Konaté

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