L'actualités de chez nous

08 Mars au Mali : Aller au-delà du folklore

La situation des Femmes maliennes est catastrophique en dépit de quelques avancées enregistrées actuellement. Les violences conjugales répétées et banalisées, l’excision et la polygamie maintiennent les Maliennes dans un quasi esclavage aggravé par l’absence de voix féminines pour porter haut la défense de leurs droits. Le résultat est l’aspect folklorique du 08 Mars. Pourtant, la servitude des femmes est un fléau qui menace le développement économique et humain du pays en ce qu’elle concerne une couche parmi les plus sensibles, les plus dynamiques et les plus importantes du Mali.

Lorsqu’arrive le 08 Mars, chaque année, il y a un véritable engouement des Femmes pour… les Pagnes 08 Mars qui changent de motifs à chaque fois. Cet exemple résume à lui seul le caractère folklorique attaché à la Journée Internationale des Femmes telle qu’elle est fêtée au Mali. Les séances de tam-tam organisées l’après-midi sont destinées à toutes les Femmes qui n’auront pas été conviées à la grande conférence où des intellectuelles viennent deviser avec les officiels sur ce que seraient les droits de la gent féminine.

Certes les Femmes maliennes ont connu des progrès remarquables dans l’amélioration de leurs conditions de vie notamment dans le domaine de leur représentativité aux postes de nomination et d’élection. Certes les Femmes maliennes rurales bénéficient de plus en plus de projets générateurs de revenus. Certes des centres de santé notamment dans le domaine de la santé de la reproduction se multiplient. Cependant l’immensité des besoins est telle que ces efforts se trouvent noyés dans l’océan des difficultés où nagent les Femmes.

En effet, les violences contre les Femmes sont banales chez nous. Au Mali, battre sa femme est tout à fait normal. On ne s’inquiète pour la femme battue que lorsqu’il y a violences avec blessures graves. Quand il y a eu la série de meurtres d’épouses, notamment à Bamako, elles étaient une poignée de Femmes à sortir à l’appel d’associations de défense des Femmes pour dénoncer ces meurtres. Rien de plus logique pour une population – dont on dit qu’elle est à 95% musulmane – quand le Saint Coran lui-même légitime la violence sur la Femme. En effet, dans la Sourate 4 An-Nisa’ (Les Femmes), Verset 34, on peut lire ceci : « Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand! ».

 

En dehors des violences physiques banalisées, il faut noter aussi l’excision et la polygamie dont souffrent les Maliennes, et avec elles des centaines de millions de leurs sœurs dans le monde. Ces deux pratiques sont de véritables fléaux qui empoisonnent la vie des Femmes. Malheureusement il est peu de voix féminines qui osent dénoncer ces phénomènes moyenâgeux. Car rares sont les Maliennes qui osent affronter les hommes et particulièrement les religieux extrémistes musulmans. On se souvient que lors de la fameuse marche des organisations musulmanes contre le projet de Code de la Famille, sous ATT, les femmes musulmanes étaient en première ligne alors que ce code leur reconnaissait des droits progressistes, notamment successoraux et sur l’égalité Homme-Femme. Cela montre combien les Maliennes sont prisonnières d’un système qui les infantilise en faisant miroiter devant elles le Paradis… après la mort !

Il faut admettre qu’il est plus facile de lutter contre l’excision que contre la polygamie. En effet, des Organisations Non Gouvernementales (ONG) ont réussi des progrès remarquables dans leurs sensibilisations en faveur de l’abandon de l’excision et de toutes les Mutilations Génitales Féminines (MGF). Plusieurs dizaines de villages auraient « jeté » le couteau de l’excision. C’est sans doute de cette façon qu’on arrivera à faire reculer ce fléau, en attendant une loi contraignante, qui pénaliserait les MGF. Quant à la polygamie, elle a de beaux jours devant elle du fait qu’elle est inscrite dans la loi. En effet les Maliens qui le souhaitent – même s’ils n’en ont pas les moyens – peuvent légalement « prendre » jusqu’à 04 femmes ! Si à cela on ajoute le fait que les Maliennes qui arrivent sur le « marché » du mariage sont nettement plus nombreuses que les Maliens en âge et en pouvoir de se marier, on réalise que nombre de nos sœurs sont condamnées à intégrer un foyer polygame plus pour « se caser » que par amour et pour la recherche du bonheur.

Ainsi, un 08 Mars chassera un autre et les Femmes maliennes ressasseront encore longtemps leurs peines tant qu’elles ne s’armeront pas de courage, comme celles à qui on doit la Journée Internationale de la Femme, pour la recherche de leurs droits à vivre heureuses. Certes elles n’y parviendront pas seules dans la situation actuelle sans l’aide des hommes. Cependant elles se doivent d’être en première ligne. Ce sont plusieurs Fatoumata Siré Diakité qui manquent aux Maliennes. Nos sœurs n’arracheront leurs droits que si elles OSENT. Elles ont le nombre pour cela. Reste le courage d’affronter tous ceux et toutes celles qui travaillent pour que les Femmes maliennes soient maintenues dans une dépendance et des souffrances que rien ne sauraient justifier. C’est à cela que doit s’atteler le 08 Mars lequel ne doit pas se résumer à une seule journée. Pour sortir les Femmes et les Maliennes de l’ornière, chaque jour doit être un 08 Mars.

Diala Thiény Konaté

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.